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les Ballets Suédois : Une exposition du Palais Garnier

par Yves Bourgade

Une passionnante et brève expérience d’avant-garde

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« Le but est toujours un point de départ » est un des slogans des Ballets suédois dont la brève et riche existence de 1920 à 1925, revit dans une foisonnante exposition à et de la Bibliothèque–Musée de l’Opéra de Paris au Palais Garnier.

« Les Ballets suédois ne se réclament de personne, ne suivent personne. Ils ont l’amour du lendemain » ou encore « Le Ballet moderne, c’est la poésie, la peinture, la musique autant que la danse » sont d’autres formules avancées par cette compagnie météorique, installée par son fondateur, le mécène suédois Rolf de Maré (1888-1964), à Paris au Théâtre des Champs-Elysées, son principal point d’attache. Paris qui était alors capitale intellectuelle où s‘épanouissait une nouvelle manière de peindre (l’Ecole de Paris), où le surréalisme lançait ses premiers pétards et où le Groupe des Six imaginait un nouvel univers sonore autant pour l’esprit que pour l’oreille.

Comme son modèle Serge de Diaghilev fondateur des Ballets russes, Rolf de Maré a sollicité « les plus grands poètes, les peintres les plus modernes, les musiciens les plus hardis » qui lui ont répondu comme le raconte l’exposition.

Pour preuve au fil des vitrines : on relève notamment les noms de Claudel, Cocteau, Pirandello, Cendrars qui ont écrit des arguments de ballet, ceux de Ravel, Satie, Milhaud, Poulenc, Honegger, Auric, Cole Porter auteurs des musiques, de Picabia, Léger, Bonnard, de Chirico, Steinlen, Jean Hugo, Foujita, etc. qui signent décors et costumes. Un nom, celui de René Clair attaché à un art naissant, le cinéma, figure au générique de Relâche , un « ballet instantanéiste », sans trace d’action en deux actes, un entracte cinématographique et un épilogue, la dernière création des Ballets suédois qui « nous dépassait tous » a écrit Rolf de Maré.

Ce dernier a légué un fonds d’archives à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra de Paris qui ainsi peut aligner, parfois des pièces inédites, maquettes de décors et costumes de scène, photographies de ballets et de danseurs (la troupe était composée pour l’essentiel de membres du Ballet de l’Opéra royal de Stockholm), d’affiches de spectacles, de programmes, des peintures, des sculptures.

L’exposition permet de mieux faire connaissance avec l’unique chorégraphe de la compagnie le Suédois Jean Börlin (1893-1930), élève du Russe Michel Fokine qui l’avait persuadé ainsi que Rolf de Maré que « le ballet posait des problèmes non seulement d’art visuel, mais surtout de matière poétique, que c’était un changement du contenu qui devait entraîner un changement du contenant » explique le critique et historien de la danse Paul Bourcier dans son « Histoire de la danse en Occident » (Seuil).

Ce dernier suggère que les Ballets suédois, comme les Ballets russes, avaient commis le « péché d’esthétisme » mais pratiqué un langage chorégraphique resté conformiste pour l’essentiel et qui n’abolissait pas les contraintes du code académique. Du moins grâce à eux le ballet est devenu un art contemporain et ils ont montré la multiplicité des voies qui s’ouvrait à lui.L’homme et son désir , Les mariés de la tour Eiffel , 14 juillet , La création du monde , Relâche , sont des titres qui symbolisent cette époque des Ballets suédois ».

L’exposition rappelle aussi que l’esthète qu’était le directeur d’alors de l’Opéra de Paris, Jacques Rouché, tira profit de cette aventure suédoise en passant commande à Léger, Chirico, Milhaud, Honegger et en engageant l’étoile des Ballets suédois, Carina Ari.

Les Ballets suédois 1920-1925, ( Une compagnie d’avant-garde) : Palais Garnier jusqu’au 28 septembre 2014, entrée à l’angle des rues Scribe et Auber,(75009 Paris ) 9€

Photos : décors de Fernand Léger pour "La création du monde",
Jean Börlin dans " Maison de fous"

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