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Critiques / Danse

le Tanztheater Wuppertal sans Pina Bausch

par Yves Bourgade

La survie d’une oeuvre ?

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Pina Bausch n’est plus de ce monde depuis 2009 : mais pour l’instant la compagnie qu’elle a fondée en 1974, le Tanztheater Wuppertal, lui survit et fait vivre son répertoire qui a influencé nombre de créateurs par sa force tragique bien au delà de la danse. Ce dernier est ainsi encore présent en ce mois de mai 2016 à son traditionnel rendez-vous annuel parisien du Théâtre de la Ville. Il faut en profiter : deux pièces de la chorégraphe-metteur en scène allemande sont à l’affiche successivement : Agua du 7 au 15 mai et Auf dem Gebirge hat man ein Geschrei gehöt (Sur la montagne on entendit un hurlement), du 20 au 26 mai.

On a appris récemment que la direction du Tanztheater Wuppertal a été confiée à Adolphe Binder, qui n’a jamais dansé dans la compagnie, après les démissions de cette charge directoriale de Lutz Forster et Dominique Mercy, deux de ses anciens danseurs à forte personnalité, mais à la légitimité contestée par différents clans. Tout en continuant à danser du Pina Bausch, la compagnie aborde désormais d’autres chorégraphes auxquels des commandes sont passées.

Le fonds Pina Bausch est a ce point riche et varié que la venue parisienne 2O16 offre encore l’occasion de voir deux pièces que dix sept ans séparent, période au long de laquelle la chorégraphe-metteur en scène a évolué tout en continuant à forger un style unique basé notamment sur l’effet de nombre et des personnalités affirmées de danseurs. Le Tanztheater Wuppertal compte encore des membres qui ont connu Pina Bausch et ont donc travaillé avec elle, ce qui facilite la transmission et garantit pendant quelque temps la fidélité à un esprit et à une technique.

Agua appartient à ce cycle que l’on appelle les pièces « voyageuses » que la chorégraphe-metteur en scène allemande a créé à la suite de séjours en Sicile, à Madrid, en Argentine, à Los Angeles, Hong Kong et Lisbonne. La première d’entre elles fut Palermo, Palermo , créée en 1990, introduisant de l’espoir dans sa vision du monde, davantage de solos et moins de défilés et de processions. C’est après un séjour de trois mois au Brésil que Pina Bausch a créé en 2001 Agua. Cette composition nous en dit autant sur ce pays que sur la chorégraphe-metteur en scène qui a été incontestablement séduite en poète par le Brésil : ses rythmes, son sens de la fête, la couleur et l’insouciance de ses habitants s’exprimant dans une succession d’actions scéniques, sur un bouquet de diverses musiques du pays et en tête celle de Baden Powell. La danse est tonique, fourmillante, ininterrompue et parfois sensuelle mais n’évite pas des images de cartes postales de vacances balnéaires.

Avec Auf dem Gebirghe hat man ein Geschreil gehörte de 1984, l’ambiance est toute autre. D’abord, le plateau est recouvert d’une terre sombre et plongé dans la brume (décor de Peter Pabst). Les protagonistes fuient épouvantés collectivement. La peur habite cette pièce prémonitoire, deux ans avant le cataclysme de Tchernobyl et à l’époque le mur de Berlin est en outre toujours debout. « C’est la peur de l’humanité entière menacée d’autodestruction ou d’avenir sombre », affirmait à son sujet Pina Bauch qui évite cependant toute complaisance en introduisant jusque ce qu’il faut de cocasserie. Les musiques qui accompagnent ce ballet, vont de Purcell à la voix de Billie Holiday, en passant par Mendelssohn, la musique d’un « irish bagpipe » et, plus ironiquement, la chanson « Parlez-moi d’amour ».

Agua  : Théâtre de la Ville, 7 au 14 mai 2016, 20h30, 8 et 15 mai 2016 à 17h, places de 30 à 35 €.
Auf dem Gebirghe hat man ein Geschreil gehörte : Théâtre de la Ville, 20 au 26 mai 2016 à 20h30, 22 mai 2016 à16h, de 44 à 55 €.

Photo : Sur la montagne on entendit un hurlement ©Bo Lahola

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