Accueil > Voltaire-Rousseau

Critiques / Théâtre

Voltaire-Rousseau

par Gilles Costaz

Deux génies incompatibles

Partager l'article :

C’est la rencontre qui n’a jamais eu lieu, du moins de cette façon. Car Voltaire et Rousseau se sont croisés, se sont parlé, se sont écrit, en se détestant cordialement. Mais le moment imaginé par Jean-François Prévand est un plaisir imaginaire. Replié dans son château de Ferney, à la frontière de la Suisse et la France, l’auteur de Candide reçoit la visite d’un passant a priori importun. Ce personnage est en effet importun. C’est l’auteur des Confessions qui vient demander des explications. Un pamphlet contre lui, particulièrement féroce et malintentionné, vient de paraître et circule. Le libelle peut être attribué à tel ou tel philosophe, mais ne serait-il pas de Voltaire ? Celui-ci se récrie qu’il n’est pas ce méchant anonyme, nie de cent façons mais l’on devine que c’est bien lui. Rousseau n’entend pas se laisser mettre dehors, insiste. Tous deux évoquent leurs écrits, leurs vies. Voltaire ne manque pas de rappeler – ce qui figure dans le pamphlet – que Rousseau s’est débarrassé de cinq bébés en les déposant au service des Enfants trouvés. Plus le temps passe, plus la conversation s’envenime. Incompatibles génies !
La pièce de Prévand est succulente. Elle avait été créée au La Bruyère en 1990. La nouvelle mise en scène de Moreau et Prévand simplifie le décorum et oppose deux êtres totalement différents : un homme du monde soignée de sa personne et très introverti, un chemineau drapé dans un manteau invraisemblable. Cela donne un combat à fleurets mouchetés et démouchetés ! Jean-Paul Farré confère à Voltaire une merveilleuse force de puncheur de l’esprit, dans une présence qui associe le grand style historique et l’éclairage clownesque. Jean-Luc Moreau compose avec une magnifique délicatesse un Rousseau secret et blessé, retors et sincère à la fois : son personnage est moins agile que son interlocuteur mais c’est celui qui provoque le plus d’émotion et d’affection. Les petitesses de nos grands hommes sont ainsi mises à nu dans un guignol de très haute qualité.

Voltaire-Rousseau de Jean-François Prévand, mise en scène de Jean-Luc Moreau et Jean-François Prévand, décor de Charlie Mangel, lumières de Jacques Rouveyrollis.
Poche-Montparnasse, 19 h, tél. : 01 45 44 50 21. Jusqu’au 29 juin. (Durée : 1 h 20).
Photo Brigitte Enguérand

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.