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Critiques / Théâtre

Voltaire Pompon de Yvan Varco librement adapté du « Discours sur le bonheur » d’Émilie du Châtelet

par Marie-Laure Atinault

Quel bonheur de voir un spectacle aussi intelligent que beau, aussi instructif que distrayant

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Quel bonheur de voir un spectacle aussi intelligent que beau, aussi instructif que distrayant. Ce petit miracle on le doit à un trio de choc.

Ce fut le couple le plus éclairé du siècle des lumières, Emilie Le Tonnelier de Breteuil marquise du Châtelet et François Marie Arouet. Émilie du Châtelet et Voltaire formèrent un couple plein d’esprit, et de fougue.
Le mari de la pétulante Émilie du Châtelet était militaire. Il parcourait le monde à la tête de son régiment. Il acceptait les liaisons de sa femme, du moment que les apparences soient sauves. Leur liaison était connue de tous, pendant dix ans, ils vécurent comme mari et femme. Une idylle néanmoins bousculée par des cris, des rires et surtout un goût de l’étude commune.
Émilie a 27 ans, lorsqu’elle tombe amoureuse de Voltaire, son aîné de douze ans. Elle le convia en son château de Cirey quand ce diable d’homme fut menacé d’embastillement après la parution des « Lettres Philosophiques ». Cette dernière publication était condamnée au feu. Ce séjour à la campagne n’est pas une parenthèse, mais une apothéose pour le couple d’amant, qui se nourrit l’un de l’autre. Émilie expérimente dans son laboratoire et Voltaire écrit et se passionne pour le domaine.
Émilie est une femme tout à fait extraordinaire, par sa liberté d’esprit, son immense culture. Elle est une véritable femme de sciences. Elle traduisit « Les Principes de Newton ». Parmi ses écrits, son « Discours sur le bonheur » publié en 1746 sert de colonne vertébrale au délicieux spectacle concocté par Ivan Varco. Dans son astucieux montage, nous voyons Voltaire, fasciné et parfois agacé par cette femme curieuse, dynamique, qui lui fit connaître le monde des mathématiques. Ivan Varco prête à Voltaire sa diction parfaite, son œil malicieux et cette façon qu’il a de porter sur le monde un regard plein d’aménités. C’est un régal. Anne Deleuze est une comédienne rare, son enthousiasme, son charme nous offre une Émilie qui porte haut les couleurs de son sexe. Elle nous donne envie de parfaire notre connaissance sur celle que Voltaire nommait affectueusement Pompon. Le portrait qu’elle nous offre est dans la droite ligne du magnifique tableau que fit d’elle Quentin de La Tour. La scénographie de Sophie Jacob nous plonge dans le cabinet de travail de cette femme savante qui n’est pas ridicule. Mêlant paravents, plume d’oie, bonbonnière, sphère céleste et meubles modernes, Émilie évolue dans son laboratoire sans jamais oublier son époque. Les joutes verbales des amants sont brillantes, drôles. Voltaire est emporté par un tourbillon nommé Pompon. Nous sommes confondus par tant d’intelligence. Les ravissants costumes de Corinne Page sont résolument du XVIII siècle. Ce n’est pas un détail que l’époque soit respectée, le beau texte de Varco-Voltaire est comme dans un écrin.
Anne Bourgeois, faut-il encore souligner le talent de cette bouillonnante metteure en scène ? Elle sait toujours accompagner les comédiens, les conseillant sur le chemin de la réussite. Ce spectacle est un bijou, le texte est brillant, il est beau à regarder et les comédiens sont les ambassadeurs du bonheur.

Voltaire Pompon d’Yvan Varco librement adapté du « Discours sur le bonheur » d’Émilie du Châtelet. Mise en scène Anne Bourgeois avec Anne Deleuze et Yvan Varco
THEATRE Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris
Tél : 01 42 93 13 04 www.studiohebertot.com

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