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Critiques / Théâtre

Vitesse grand V(ian) d’Yves Javault

par Gilles Costaz

La fête à Boris

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La compagnie Clin d’œil aurait pu faire un récital, un cabaret Boris Vian. Avec des chansons comme On n’est pas pour se faire engueuler et Monsieur le Président, le tour était joué, du moins à jouer sur une musique déjà connue. Gérard Audax a préféré commander une pièce sur Vian. Yves Javault a écrit un texte rêvé et rêveur, qui n’est pas du tout une biographie mais un hommage d’auteur, en faisceaux, où vie et œuvre, petite et grande histoire se décomposent et se recomposent en une série d’éclats. D’ailleurs, l’auteur en parle si bien dans le programme qu’on n’hésite pas, exceptionnellement, à recopier ses mots : « Mon envie était d’écrire une fiction en empruntant largement au réel.
J’imagine la trompinette regrettant le bouche à bouche du temps du Tabou. J’imagine la fleuriste chez qui Colin venait chaque jour, arriver au cinéma du Marbœuf avec des bouquets plein les bras. J’imagine la Pouche asticotant Le Major etc.
Je voulais ne garder que l’écume, l’écume des Vian, légère comme la mousse des vagues qui viennent mourir sur la plage de Landemer. »
En fait, c’est une course contre la mort qui se met en place. On sait que Vian mourut très jeune, à 39 ans. La camarde est là, survenant dans ces tableaux où le climat est le plus souvent à la fête. Gérard et Aurélie Audax a conçu une mise en scène colorée, avec des personnages apparaissant de dos sur des fauteuils tournants et vivant dans la France provinciale des années 50 en même temps que dans le modernisme du Paris de Saint-Germain-des-Prés. Un fragment du film J’irai cracher sur vos tombes, projeté en fond de scène, a ouvert la soirée. Terrible document : Vian, se sentant trahi, a été victime d’un malaise à la projection et s’est éteint deux jours plus tard. La joie de vivre tournoie ensuite comme la crainte de la mort. C’est ce qui donne au spectacle sa complexité. Gérard Audax et Aurélie Audax ont des personnalités joyeusement terriennes, Benjamin Ziziemsky une présence doublée d’une aura de mystère, Katia Ghanty une élégance troublante, tandis qu’Emmanuel van Cappel (en alternance avec Vincent Mitterrand) fait sonner les notes trompettantes de Vian. Ici, sans souci réaliste, chacun rêve bien du grand Boris.

Vitesse grand V(ian) d’Yves Javault, mise en scène de Gérard et Aurélie Audax, scénographie de Chalres Rios, lumières de Gérard Hallot, costumes de Marine Dupond Canard et Joëlle Hallot, illustrations sonores d’Emmanuel Van Cappel et Vincent Mitterrand, avec Aurélie Audax, Katia Ghany, Benjamin Ziziemsky, Gérard Audax, Emmanuel van Cappel (ou Vincent Mitterrand).

Petit Chien, 15 h 40.

Photo Sarah Cornibert.

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