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Critiques / Théâtre

Viejo, solo y puto

par Corinne Denailles

Naufragés de la société

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La scène argentine occupe une place privilégiée en France depuis longtemps, inaugurée par des artistes comme Copi, Alfredo Arias et Jorge Lavelli ; dans leur sillage on compte Marcial Di Fonzo Bo (sans oublier son oncle Facundo Bo qui travaillait avec Arias), Rodrigo Garcia... On a pu découvrir ces dernières années des talents singuliers tels que Daniel Veronese, Oscar Sisto, Romina Paula, Rafael Spreegelburd, ...
Voici un nouveau venu, Sergio Boris, un comédien qui a joué avec Ricardo Bartis qu’on a pu découvrir au Festival d’Avignon. Il est aussi auteur dramatique et metteur en scène. Son travail s’appuie sur de longues improvisations ; il considère que l’acteur n’est pas seulement un interprète, un exécutant, il doit être un acteur poétique. Son théâtre revendique une dimension social et politique. Quand on pense au théâtre argentin, on évoque inévitablement l’exubérance, la liberté d’expression, le baroque, le travestissement et la sexualité, la critique social et politique, l’hyperréalisme, le goût de la provocation. il y a un peu de tout cela dans le travail de Sergio Boris.

Un spectacle déroutant et attachant

Viejo, solo y puto (Vieux, seul et putain) met en scène un groupe de personnages tous abimés par la vie qui se débattent dans un huis-clos pathétique pour survivre à la médiocrité de leur condition, des naufragés de l’amour et de la vie. La scène se passe dans un espace unique, l’arrière-boutique d’une pharmacie de banlieue encombrée d’étagères, dirigée par deux frères dont l’un a mis 13 ans pour obtenir son diplôme et campe sur les lieux car sa femme vient de le quitter. Deux travestis (formidables Patricio Aramburu et Marcelo Ferrari), prostitués au grand coeur, tapent l’incruste, espérant grappiller quelques injections d’hormones par ci par là et quelques caresses. Il y a aussi le visiteur médical, petit copain d’un des travestis. Et tout ce petit monde en désespérance se raccroche à des menus plaisirs, entre "soirées mousse", pizza froide et projet mirifique de virée au Magico. Pas de début ni de fin, on entre de plain-pied dans cette tranche de vie sans issue et on la quitte de but en blanc car rien ne laisse espérer l’ombre d’un changement. A ceci près, que les douleurs exacerbées finissent par faire monter la tension et provoquer des conflits. On crie, on pleure, on s’aime, on chante aussi, chacun étant la bouée de sauvetage de l’autre. Viejo, solo y puto est un spectacle déroutant, hyperréaliste et un peu trash, qui nous propulse au coeur de la misère sociale. Le propos, minutieusement distillé, prend forme au fil du spectacle comme une photo émergeant du révélateur. Un spectacle coup de poing finalement très efficace et attachant.

Viejo, solo y puto de Sergio Borís. Avec Patricio Aramburu, Jorge Eiro, Marcelo Ferrari, Dario Guersenzvaig, Federico Liss.
Au théâtre de la Commune jusqu’au 29 janvier 2015. Mardi, mercredi à 19h30, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 18h, dimanche à 16h. En argentin surtitré. Durée 1h10.
Rés : 01 48 33 16 16.

© Hervé Bellamy

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