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Critiques / Théâtre

Victor F d’après Frankenstein de Mary Shelley

par Jean Chollet

Un homme nouveau inquiétant

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Lorsque ce roman est publié en 1818 avec la mention Prométhée moderne , son auteure anglaise est alors âgée de vingt et un ans (1797-1851). Il connaît un succès immédiat qui ne se démentira pas au fil des années, et fera l’objet de nombreuses adaptations pour le cinéma, le théâtre, le music – hall ou la bande dessinée.

Aujourd’hui, Laurent Gutmann porte à la scène l’histoire du docteur Victor Frankenstein, avec une libre adaptation conservant l’aspect narratif de l’œuvre, dans une transposition moderne. Chercheur en biologie, Victor a réussi à mettre au point un procédé scientifique permettant la création d’une créature humaine. A partir de l’évocation de ses souvenirs familiaux et des deuils de son enfance qui ont forgé sa personnalité et son besoin de “ franchir les limites entre la vie et la mort ”, il évoque le cheminement de ses travaux, ponctué de ses relations et échanges avec un ami voisin aveugle et philosophe, Henri, et avec sa compagne, Elizabeth frustrée par ses absences, qui le suivent sur sa terre natale en Suisse où ils assistent à l’apparition à l’âge adulte de cet homme nouveau, qui se révèle monstrueux et cherche en vain à établir une relation avec son créateur qui le rejette. Devenu criminel, sans états d’âme, il sera soumis à un procès, qui laisse ouvertes les interrogations philosophiques et métaphysiques soulevées par cette singulière expérience génétique. Au regard d’une prétention à vouloir libérer l’humanité de ses angoisses de la mort, qui au contraire peut se retourner contre elle et marquer sa fin telle qu’elle existe aujourd’hui, face à la capacité scientifique potentielle à engendrer des monstres.

Un débat contemporain, puisque sont annoncées les perspectives d’un homme immortel, programmé aujourd’hui dans le cadre des recherches de la fondation SNES au cœur de la Sillicon Valley.

Dans le décor transformable de Alexandre de Dardel, qui introduit une imagerie en situation (ciel étoilé intersidéral, paysage montagneux …), la représentation bien rythmée oscille en permanence entre la fantaisie et l’étrangeté, en s’appuyant sur un texte ciselé dont la drôlerie ne gomme pas la nature des propos. Eric Petitjean prête à Victor F, un comportement distancié, d’un rationalisme conforme à une culture scientifique, Serge Wolf, Henri, excellent dans son rôle d’aveugle se transforme en avocat un peu moins convaincant lors du procès et Cassandre Vittu de Kerraoul, fiancée délaissée ( puis juge ) alterne les accents véhéments ou tendres d’une femme qui aspire au bonheur immédiat sans contrainte. Parmi eux, la présence de “ La créature ”, nouvel Adam en costume noir, s’exprime surtout par la tête surdimensionnée au sourire niais figé et inquiétant, réalisée par Alexis Kinebanyan et portée par Luc Schiltz dont les attitudes et la gestuelle ouvre parfois sur la compassion. Une représentation en forme de conte contemporain, qui se situe avec légèreté entre réalisme et fantastique, pour ouvrir débats et réflexions.

Victor F, d’après Frankenstein de Mary Shelley, texte et mise en scène Laurent Gutmann, avec Eric Petitjean, Cassandre Vittu de Kerraoul, Luc Schiltz, Serge Wolf. Scénographie Alexandre de Dardel, lumières Yann Loric, son Estelle Goyyeland, costumes Axel Aust, masque Alexis Kinebanyan. Durée : 1 heure 35.

Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 24 janvier 2016. En tournée Théâtre de Brétigny, TAB – Vannes.

Photo ©Pierre Grosbois

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