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Verdi en prélude à la nouvelle saison de l’Opéra National de Paris

par Caroline Alexander

Belles voix et direction d’orchestre inspirée pour la reprise d’une Traviata controversée

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En juin dernier, la création de la nouvelle production de La Traviata de Verdi confiée au cinéaste Benoît Jacquot avait dérouté et déçu alors que, sur cette même scène de l’Opéra Bastille, il avait si bien servi le Werther de Jules Massenet, (voir WT 4158, 3985 et 2153). Le plaisir pourtant a dominé la représentation et gommé partiellement les réserves et la soirée s’est achevée par une ovation debout pour la nouvelle Violetta incarnée par Ermonela Jaho, délicieuse soprano albanaise qui nous avait déjà émus en 2013 au Théâtre des Champs Elysées dans La Vestale de Spontini (voir WT 3886).

Son timbre velouté, subtil et flexible aux aigus inattendus grimpant en légèreté jusqu’aux cimes, sa grâce naturelle et son jeu habité en font une héroïne qui fait monter les larmes qu’on n’est pas prêt d’oublier. Francesco Meli, son Alfredo, ténor tout de clarté, de rage et de passion remplace avantageusement son pâle prédécesseur. On pouvait craindre que Germont père dont Ludovic Tézier avait fait le pôle d’attraction de la précédente distribution serait difficilement substituable. Dmitri Hvorostovsky, baryton de Sibérie, réussit la gageure : projection impeccable, élégance et finesse en font un pater familias à la fois rigide et touchant.

A les entendre chanter et jouer leurs personnages, on jette un regard différent sur les faiblesses de la mise en scène, le plateau trop vaste pour l’intimité des actions semble cette fois accentuer la solitude de la dévoyée repentie, l’arbre immense du deuxième acte devient le symbole de la nature retrouvée et l’humour des danses du bal chez Flora – bohémiennes par des hommes, toreros par des femmes – prend les accents d’un humour grinçant. Reste le statisme des chœurs figés dans leurs costumes noirs de matadors croque-morts, mais grâce à la finesse attentive du chef Dan Ettinger, sa douceur, sa mélancolie, on les oublie.*

Dernière saison conçue par Nicolas Joël

Le coup d’envoi de la nouvelle saison a donc bonne mine. C’est la dernière conçue par Nicolas Joël, qui a quitté son poste de directeur le 31 juillet dernier au terme d’un mandat de 5 ans. Dix reprises de productions récentes (Pelléas et Mélisande par Robert Wilson, La Flûte Enchantée par Robert Carsen, Alceste par Olivier Py…) ou anciennes (Don Giovanni par Michael Haneke, La Bohème par Jonathan Miller, Rusalka par Robert Carsen…), et six nouvelles productions élaborées moyennant quelques aménagements avec Stéphane Lissner, son successeur et désormais nouveau patron de la maison, sont au programme.

Les trois premières vont se suivre sans pause dès le 19 septembre avec un Barbier de Séville de Rossini signé Damiano Michilietto, importé du Grand Théâtre de Genève avec Carlo Montanaro dans la fosse. Le 10 octobre, Pierre Audi, le directeur de l’Opéra d’Amsterdam, signera la mise en scène de la Tosca de Puccini, Daniel Oren et Evelino Pido se succéderont à la tête de l’orchestre et Martina Serafin, Oksana Dyka, Béatrice Uria-Monzon (Floria Tosca), Marcelo Alvarez, Marco Berti, Massimo Giordano (Mario Cavaradossi) Ludovic Tézier, George Gagnidze, Sebastian Catana (Scarpia) se partageront en alternance les principaux rôles.

La plus attendue de ces trois premières créations sera incontestablement le retour de L’Enlèvement au sérail de Mozart absent depuis très longtemps du répertoire maison. La comédienne- metteur en scène Zabou Breitman y signera sa première réalisation lyrique. Philippe Jordan, le très doué jeune chef d’orchestre qui constitue le plus bel héritage du mandat de Nicolas Joël, se chargera de faire danser les bulles du champagne mozartien (à partir du 16 octobre).

Petite pause durant les fêtes où l’on pourra voir ou revoir Hänsel et Gretl de Humperdinck selon Mariame Clément (du 20 novembre au 18 décembre) et La Bohème de Puccini par Jonathan Miller (30 novembre-30 décembre).

Il faudra attendre fin mars pour la première nouvelle production de 2015 : Le Cid de Massenet créé à Marseille en 2011 (voir WT 2852 du 23 juin 2011) s’installera au Palais Garnier sous la direction de Michel Plasson avec les fusées de l’art lyrique que sont Roberto Alagna et Anna-Caterina Antonacci. Suivront Le Roi Arthus de Chausson, une perle rare jamais jouée en intégralité à l’Opéra de Paris, mis en scène par Graham Vick avec Sophie Koch et Thomas Hampson et Philippe Jordan dans la fosse (du 16 mai au 14 juin). Autre rareté, Adriana Lecouvreur de Ciléa achèvera la saison sous la direction de Daniel Oren dans une conception de David McVicar, avec Marcello Alvarez et Angela Gheorghiu dans les premiers rôles (du 23 juin au 12 juillet).

Stéphane Lissner : l’ère du renouveau

Les projets de Stéphane Lissner, nouveau maître à bord, n’ont pas encore été révélés. On peut attendre beaucoup d’innovations, dépoussiérages, voire prises de risque de cet homme rôdé à la pratique gestionnaire et artistique, amoureux des planches dès son plus jeune âge. Il avait à peine 19 ans lorsqu’il créa la petite compagnie du Théâtre Mécanique. Passé au monde de la musique, le théâtre, exercé également aux côtés de Peter Brook au Bouffes du Nord, constituera une sorte d’axe dans ses choix de metteurs en scène. Au Châtelet qu’il dirigea de 1988 à 1997, tout comme au Festival d’Aix en Provence (1998-2006), Patrice Chéreau, Peter Brook, Peter Sellars, Stéphane Braunschweig, entre autres, revisitèrent les grands classiques, et à la Scala de Milan qu’il vient de quitter après 7 années d’intense intendance, le fil de ses options garda la même perspective.

Avec lui les deux salles de l’Opéra National de Paris prendront sûrement des couleurs nouvelles, feront en quelque sorte une cure de jeunesse. Il en dira plus sur son parcours, ses coups au cœur, ses ambitions et intentions le 25 septembre prochain sur France Musique qui lui consacrera une journée entière en direct de l’Opéra Bastille. De 8h à 19h30, heure laquelle commencera la diffusion, toujours en direct de Bastille, du Barbier de Séville de Rossini.

A suivre de près durant la saison, les concerts notamment le cycle intégral des neuf symphonies de Beethoven sous la direction de Philippe Jordan qui a commencé le 10 septembre et s’achèvera le 13 juillet, la saison de ballet, les activités de l’Atelier Lyrique…

*La Traviata de Giuseppe Verdi, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Dan Ettinger, chef des chœurs José Luis Basso, mise en scène Benoît Jacquot, décors Sylvain Chauvelot, costumes Christian Gasc, lumières André Diot, chorégraphie Philippe Giraudeau. Avec Ermonela Jaho, Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu, Francesco Meli, Dmitri Hvorostovsky, Kevin Amiel, Fabio Previati, Florian Sempey, Antoine Garcin, Nicolas Marie, Shin Jae Kim, Jian-Hong Zhao.

Opéra Bastille, les 8, 10, 17, 24, 26, 30 septembre, 3 & 7 octobre à 19h30, les 14, 21 septembre, 5 & 12 octobre à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 www.operadeparis.fr

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