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Critiques / Théâtre

Vera de Petr Zelenka

par Corinne Denailles

Fable politique

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Après nous avoir fait découvrir l’extraordinaire univers de l’Argentin Rafael Spregelburd, Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier, nouveaux directeurs de la Comédie de Caen, nous proposent un texte du Tchèque Petr Zelenka avec dans le rôle principal Karin Viard qui a joué dans deux pièces de Spregelburd, Lucide et La Estupidez. Zelenka a quelque chose à voir avec Spregelburd, un ton ironique pour dénoncer la folie de sociétés qui prennent le libéralisme pour un gage de liberté et malmènent les peuples.
Vera est une brillante directrice de casting qui a pour seul horizon son ambition de grandeur. C’est la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ; Vera, à trop vouloir faire grossir son entreprise, la fera éclater ; elle se fera gober par plus gros qu’elle, en l’occurrence l’entreprise avec laquelle elle prétendait faire fusionner la sienne, et ce sera une parfaite descente aux Enfers ; elle se retrouvera femme de ménage dans la boîte de nuit où elle venait parader. A travers le destin de Vera, Zelenka brosse un portrait désespérant de son pays.
Dressée sur ses hauts talons comme un coq arrogant, vêtue de couleurs criardes, Karin Viard fait de Vera une harpie parfaitement insupportable, expression juste de cette femme déshumanisée qui se croit supérieure à tous quand elle est absolument vulgaire. Mais quand Vera perd de sa superbe et ploie sous le poids de sa déchéance, la comédienne se métamorphose, la voix et le corps vidés comme une baudruche, anéantie par le principe de réalité ; la meilleure part de son interprétation. On est moins convaincu par les facéties de Pierre Maillet, pourtant excellent comédien, ni par les chansons chorégraphiées qui ne sont pas indispensables.
La mise en scène électrique tourne parfois à vide autour d’un texte qui manque de matière, fixé sur une seule idée dans les deux tiers du spectacle ; le dernier tiers qui met en scène la déréliction du personnage est très réussi.

Vera de Petr Zelenka, Traduction Alena Sluneckova ;Version pour la scène de Pierre Notte ; mise en scène Élise Vigier et Marcial di Fonzo Bo. Avec Karin Viard, Helena Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo de Souza, Pierre Maillet, Marcial di Fonzo Bo ;
Scénographie, Marc Lainé et Stephan Zimmerli ; lumières Bruno Marsol ; son Manu Léonard ; costumes Anne Schotte. Au théâtre des Abbesses jusqu’au 8 avril 2017 à 20h30. Durée : 2h10.

photo Tristan Jeanne Valès

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