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Critiques / Théâtre

Urfaust de Goethe

par Gilles Costaz

L’amour attisé par le diable

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Créé à la Scène nationale d’Angoulême, l’Urfaust de la compagnie Gilles Bouillon arrive à la Tempête, à Paris. Satan est-il là, parmi nous, avec son pacte monstrueux ? Pas tout à fait, car il s’agit de la première version, que Goethe écrivit à l’âge de 26 ans et qui a été retrouvée par miracle longtemps après la mort de l’écrivain, grâce à une copie faite par une admiratrice. C’est l’histoire toute simple d’une jeune fille séduite par un jeune homme appelé Faust. Méphisto est là, derrière, à côté d’eux, et manœuvre. La jeune Marguerite se retrouve enceinte. La tragédie est inévitable. Elle devra tuer son enfant…
L’œuvre est, dans son écriture, plus populaire que philosophique. Goethe se soucie de Dieu et du diable, mais il est dans le plaisir noir du conte. Il s’adresse aux gens humbles en même temps qu’aux érudits. Gilles Bouillon a pris le parti du livre d’images. Nathalie Holt a conçu un très beau décor à transformations. L’action se passe sur un sol de terre, cerné par une muraille et un balcon circulaire où les personnages peuvent surgir et exister sur un deuxième plan. Des éléments picturaux, esthétiques interviennent régulièrement, portés par les acteurs. Ainsi de grandes fleurs – des marguerites évidemment – se dressent tout à coup sur la scène. Le conte a ainsi sa joliesse, mais aussi sa totale gravité. Frédéric Cherboeuf est un Faust très intériorisé, d’une sombre douceur, fort subtil dans les contradictions du personnage. En Marguerite drapée dans une robe immaculée, Marie Kauffmann est une révélation pour qui ne connaîtrait pas cette jeune comédienne : elle a une présence profonde et sensible. Vincent Berger compose un Méphisto très savoureux, allègre, impétueux mais troublé par sa propre férocité. Juliette Poissonnier, qui interprète la mère de Marguerite, est très juste dans le registre populaire. Baptiste Chabauty et Etienne Durot se démultiplient avec malice. Ce Goethe mineur trouve, dans cette mise en lumière, des clartés majeures.

Urfaust de Goethe, traduction de Jean Lacoste et Jacques Le Rider (éditions Bartillat), mise en scène de Gilles Bouillon, dramaturgie de Bernard Pico, scénographie de Nathalie Holt, costumes d’Hélène Kritikos, lumières de Marc Delamézière, musique d’Alain Bruel, vidéo d’Arthur Colignon, maquillage et coiffures d’Eva Gorrszyk, collaboration artistique d’Albane Aubry et Etienne Durot, peinture et sculpture de Thierry Dalat, avec Frédéric Cherboeuf, Vincent Berger, Marie Kauffmann, Juliette Poissonnier, Etienne Durot et Baptiste Chabauty.

Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30, tél. : 01 43 28 3636, jusqu’au 5 février. (Durée : 1 h 45).

Photo P. Berthon.

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