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Critiques / Théâtre

Une vie de Pascal Rambert

par Corinne Denailles

Déchiffrer l’essence de la création

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Au départ une situation banale, dans un studio de radio un journaliste (l’excellent Hervé Pierre) interviewe un artiste-peintre (Denis Podalydès, étonnant de présence simple et forte, évidente). Le dialogue est laborieux car l’artiste reste sur la défensive ; un rien agressif, il propose de mauvaise grâce des réponses laconiques et se montre un rien provocateur. Interroger un peintre sur son art est un exercice compliqué qui menace de clouer l’entretien au stade de l’anecdote biographique sans parvenir à atteindre l’essence de la création par définition inatteignable. Et puis peu à peu l’artiste se lâche, évoque les personnes qui ont compté dans sa vie et ont nourri son œuvre dont ils sont la matière invisible. Et voilà qu’elles se matérialisent dans le studio immaculé, grande boîte blanche qui pourrait figurer l’espace mental de l’artiste et le spectacle bascule dans une autre dimension.

Au-delà de l’anecdote, les figures évoquées racontent la genèse de l’œuvre mais ce sont aussi les fantômes qui hantent sa vie et obsèdent ses toiles. Il y a la mère, figure tant aimée, interprétée par une Cécile Brune drapée dans la noirceur de son deuil et explosive ; Jennifer Decker, intense et douce, est Iris, la jeune amoureuse qui reproche à l’homme qu’elle aime de n’avoir retenu d’elle que les motifs utiles à ses tableaux, et encore, mêlés à d’autres issus d’autres amours, ou comment l’artiste vampirise son entourage au profit de son œuvre. On retrouve dans ce dialogue amoureux les échanges de Clôture de l’amour (2011) qui se déroulait d’ailleurs dans un espace dépouillé proche de celui-ci. Surgit Frère Amer (Alexandre Pavloff) le bien nommé, au nom novarinien, le frère rejeté, douloureux, qui s’est jeté dans la religion par dépit ; si les séquences avec la mère et le frère tirent un peu en longueur, celle avec Iris est magnifique et riche de réflexions sur les rapports entre l’art, la vie et la mort. Et puis il y a aussi l’artiste à 14 ans, une belle idée qui introduit le rapport que nous entretenons avec le temps. Et enfin, le meilleur ami qui apparaît sous les traits théâtraux du diable, interprété par Pierre-Louis Calixte, facétieux comme il faut. Tout cela finit en belle empoignade et le journaliste est dépassé par la situation. Nous ne dirons rien du tapis sonore vrombissant en permanence qui finit par irriter en sourdine comme une mouche encombrante.
Est-ce parce que le texte a été écrit pour les comédiens, ils sont tous excellents, complices, à l’aise dans leur rôle comme dans un costume familier. Chez Rambert le texte est souvent un peu bavard, mais il impose un style, une écriture moderne et en même temps très littéraire, parfois alambiquée, une singularité de point de vue qu’on retrouve dans la mise en scène.

Une vie de Pascal Rambert, mise en scène de l’auteur. Avec Cécile Brune, Denis Podalydès, Alexandre Pavloff, Hervé Pierre, Pierre-Louis Calixte, Jennifer Decker. L’enfant (en alternance) Anas Abidar, Nathan Aznar, Ambre Godin, Jeanne Louis-Calixte. Costumes, Anaïs Romand ; lumières, Yves Godin ; Musique et sons, Alexandre Meyer. Au Vieux-Colombier à 20h jusqu’au 2 juillet 2017. Durée : 1h50.

© Christophe Raynaud De Lage/collection Comédie-Française

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