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Critiques / Théâtre

Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud

par Gilles Costaz

Un poète dans un cratère

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« Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais ! Il faut être absolument moderne. » Tel est l’un des cris que le jeune Rimbaud – il a 17 ans – pousse dans ces litanies en prose, dont la cohérence est plus dans la fureur, la douleur, les blessures que dans l’obsession d’un thème. Certes, le poète s’y mesure à Dieu, mais il erre dans une pensée où l’horreur de vivre s’exprime en même temps que les bribes d’un art poétique. Ulysse di Gregorio a relié l’enfer qu’évoque le titre à celui de Dante ; il compose un spectacle qui vient de l’au-delà. Le scénographe, Benjamin Gabrié, pense lui aussi à Dante mais au purgatoire. En se souvenant de l’antichambre du paradis tel que l’avait dessiné Gustave Doré, il crée un espace qui est une sorte de bouche de volcan, un cercle bordé de terre, un cratère qui est à la fois un sommet et un abîme.
La soirée est une succession de pensées et d’images prononcées dans un seul souffle. Droit au milieu de la circonférence, la tête basculant vers l’arrière, Jean-Quentin Châtelain est un athlète de la profération, un hercule des poèmes souffrants. Il donne aux mots une étrange plainte sans langueur, une puissance de toute phrase qui reste suspendue et semble insensible au passage du temps. Comme ce texte n’entraîne pas d’identification de l’acteur ou du spectateur avec un personnage, la soirée se regarde avec plus de froideur que ce que le même comédien avait fait récemment avec des confessions de Blaise Cendrars mais elle brille comme un feu dans la nuit.

Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, mise en scène d’Ulysse di Gregorio, scénographie de Benjamin Gabrié, costumes de Salvador Mateu, avec Jean-Quentin Châtelain.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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