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Critiques / Danse

Une nouvelle création du japonais Teshigawara au Palais Garnier

par Yves Bourgade

Se faire une place entre Balanchine et Pina Bausch

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Les programmateurs se rendent-ils toujours compte de ce à quoi ils exposent les artistes : la comparaison. Elle est inévitable, lorsqu’au cours d’un même programme sont présentés une nouveauté en création et entre, des pièces incontestées, parfois des chefs d’oeuvre.
C’est le cas avec le deuxième programme de la saison 2017-2018 du Ballet de l’Opéra de Paris qui affiche une création du Japonais Saburo Teshigawara Grand miroir, précédée par une reprise d’ Agon du Russo-américain George Balanchine et suivie par une autre reprise, Le sacre du printemps dans la version de l’Allemande Pina Bausch.
Les historiens de la danse considèrent Agon qui date de 1957, comme une « pièce maîtresse » du répertoire du XXème siècle et qui offre une « parfaite synthèse » de l’art de Balanchine. En France notamment, la popularité de Pina Bausch , morte en 2009, est encore telle que Le sacre selon Maurice Béjart (1959), longtemps fêté pour sa force ardente, est presque oublié au profit de la version de 1975 au réalisme brut de la chorégraphe allemande. L’Elue choisie par le groupe autour de laquelle s’organise la pièce et qui est offerte en sacrifice expiatoire, est interprétée pour cette reprise par l’étoile Eleonora Abbagnato qui, ainsi que la troupe, mérite les ovations du public pour son engagement physique.
Agon et Le sacre du printemps s’appuient sur des musiques de Stravinsky qui s’est converti tardivement au langage sériel pour le premier ballet, après avoir opéré pourtant un bouleversement esthétique dans le cas de la musique du second ballet en 1913.
Tout cela pour dire que, dans l’un et l’autre cas, on se trouve en face d’œuvres qui, sur les plans de la musique et de la danse, méritent la plus haute considération.
Agon est entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 1974 et Le sacre du printemps dans la version de Pina Bausch en 1997. Dans l’un et l’autre cas, les chorégraphes ont présidé à l’initiation des danseurs français de l’Opéra de Paris lors de leurs entrées au répertoire de cette troupe.

Saburo Teshigawara signe avec Grand miroir sa troisième collaboration avec le Ballet de l’Opéra de Paris, après Air en 2003 et Darkness is Hiding Black Horses en 2013. Sa chorégraphie s’appuie sur le concerto pour violon et orchestre en quatre mouvements du Finlandais Esa–Pekka Salonen qui est au pupitre pour la totalité du programme. C’est dire le soin apporté au rendu de ce programme, sur les plans de la danse et de la musique. Cette dernière est « une sorte de résumé de mes expériences en tant que musicien et en tant qu’être humain à l’orée de mes 50 ans » explique le compositeur.
Dans la pièce Grand miroir , comme dans ses précédentes chorégraphies Saburo Teshigawara reste préoccupé « de tout ce qui enveloppe les corps » des danseurs (cinq garçons et cinq filles »), la lumière plus ou moins intense, le maquillage des bras, des jambes, des visages, les costumes, les toiles de fond. La danse de ce chorégraphe plasticien est fluide et naturelle, résultat d’un travail sur le souffle, source de tout mouvement, avec ses interprètes. Les danseurs se plient loyalement à cette technique de travail, mais il n’empêche que tout comme dans sa précédente création à Chaillot à Paris Flexible Silence, l’ennui s’installe, à moins que ce soit le sentiment de nostalgie qui se dégage de la partition qui l’emporte ? Si l’on fait le bilan de la représentation, le chorégraphe japonais, sans démériter, n’arrive pas encore à totalement égaler ces deux géants que sont Balanchine et Pina Bausch, en tous les cas dans Agon et Le sacre du printemps.

Palais Garnier, 31 octobre, 2, 3,4,7, 11, 14, 16 novembre 2017 à 19h30 et 12 novembre 2017 à 14h30, places de 10 à 110 €

Photos : le Sacre du printemps©Julien Benhamou, Grand Miroir © Agathe Poupeney

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