Accueil > Une heure avant la mort de mon frère de Daniel Keene

Critiques / Festival / Théâtre

Une heure avant la mort de mon frère de Daniel Keene

par Corinne Denailles

Compte à rebours

Partager l'article :

Un parloir,une table, deux chaises, sur les murs blancs d’élégantes et changeantes représentations métaphoriques des grilles (élégante scénographie de Garance Marneur et très belles lumières de Baptiste Rillet). Dans cet espace net et sans ombres vont se déployer les ombres du passé. Un condamné à mort reçoit la visite de sa soeur qu’il n’a pas vue depuis le début de son incarcération il y a 18 mois. Il leur reste une heure pour se parler, s’aimer, se haïr, tout se dire, confronter leurs versions de l’histoire. Un passé qui se révèle peu à peu lourd et indigeste ; un milieu familial pauvre, violent ; la mère,femme de ménage chez les riches, meurt prématurément ; le père devient fou, violent alcoolique. Tout est réuni pour que le fils tourne mal, ce qui ne manque pas d’arriver. On se croirait chez Tennessee William si ce n’est qu’ici l’histoire n’est pas racontée sur un mode linéaire mais plutôt sous celui du puzzle qui permet, entre autres, la mise à distance de tout pathos. Les éléments factuels de compréhension sont distillés dans le désordre empêchant toute projection du spectateur qui ne peut s’échapper du cadre imposé et le force à être dans l’ici et maintenant de la situation. Au récit classique, Keene préfère l’expression brute des émotions des personnages qui révèlent leurs personnalités et leurs relations faites d’amour sensuel, de violence, de haine, trouée de flashbacks narratifs. Au final, on voit deux enfants unis par leurs souffrances et leur solitude. Sophie Neveu et Francis Ressort interprètent avec ferveur ces deux laissés-pour-compte ; ils passent de la violence des mots à la tendresse des corps. Cécile Loyer a réglé une émouvante chorégraphie où s’expriment des sentiments indicibles. De tensions en relâchements, d’acmés de la souffrance en apaisements, sur le fil accidenté et tranchant de leur histoire, Sally et Martin retissent le récit tragique de leur vie dans l’espoir de trouver la paix avant la fin dont l’imminence est le ressort de la tension dramatique de la pièce. La mise en scène d’Antoine Marneur se tient au plus près du texte qu’il sert avec beaucoup de doigté.

Une heure avant la mort de mon frère de Daniel Keene, traduction Séverine Magois ; mise en scène Antoine Marneur ; Sénographie et création graphique vidéo, Garance Marneur ; chorégraphie, Cécile Loyer ; costumes, Anne Bouthuon ; lumière, Baptiste Rillet. Festival d’Avignon, Théâtre Girasole à 12h20. Durée : 1h25. Tél : 04 90 89 82 63.

Photo : Nicolas Franchot

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.