Une clé, trois tours de la Pagaille Cie
Une déferlante contée façon tsunami
- Publié par
- 23 août 2025
- Critiques
- Jeune Public
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Au centre de l’espace, trois créatures repliées sur elles-mêmes. On dirait des reptiles à carapace marbrée de carreaux de cartes à jouer. Elles remuent, émettent un son musical, se redressent, font chorale. Elles laissent percevoir des bruits singuliers, sortes de couinements d’oiseaux. Quand elles parlent, c’est pour avertir de l’arrivée imminente de ceux-ci lors de leur grand rassemblement annuel et échanger les contes glanés un peu partout.
Certains contes vont littéralement s’incarner dans ce trio insolite. Leur corps, leurs voix deviennent matière théâtrale. Les voici conteuses, diseuses, musiciennes, bruiteuses, danseuses, mimes, cantatrices, envouteuses. Tout leur appartient sur scène. Elles suscitent un monde baroque d’aventures successives, imbriquées les unes dans les autres, emplies de bruits et de fureurs, ténébreux par ci et lumineux par là.
Leur engagement total leur permet d’être humaines, animales, raconteuses, personnages, commentatrices, océan ou marécages, objets sonores, monstres déformés, naines ou géantes, événements météorologiques avec la même crédibilité. Elles sont instruments et instrumentistes. Leur présence corporelle se moule à des apparences inédites. Leur langage connaît aussi bien le charabia que le français et leur parole se répand en mots autant qu’en grommelots, onomatopées et toutes gammes possibles d’expressions (gémissement, piaillerie, rugissement, brame, feulement…) sans verser dans la caricature.
Elles maitrisent leur voix et leurs gestes avec une précision orchestrale. Elles passent du solo au duo ou au trio. La variété de leur répertoire leur permet de renouveler sans cesse ce qu’elles expriment. Et les mettre au service d’histoires énormes, au summum de l’étrangeté qui caractérise les légendes les plus connues avec leurs méchants et leurs bons, leur faune domestique ou sauvage. Elles parviennent même après l’un ou l’autre conflit ou séisme à installer des plages entières de silence, de calme, de quiétude.
Maureen Godfraind, Sacha Steyt et Maud Zyngier : retenez le nom de ces comédiennes ; dans les années à venir, vous les verrez sur nos scènes endosser n’importe quel rôle important ou secondaire avec des présences magnétiques identiques. Elles ont été mises en scène par Mathias Rouche avec un souci évident de montrer leur potentiel et leur connivence sans que cela paraisse artifice. Une découverte assurément des Rencontres de Huy 2025.
Dès 7 ans
Durée : 55’
Rencontres du Théâtre jeune Public Huy
21>23.08.2025 Salle des Fêtes IPES Huy
Interprétation : Maureen Godfraind, Sacha Steyt, Maud Zyngier ; mise en scène : Mathias Rouche ; costumes : Alexandra Sebbag ; assistanat costumes : Lola Barrett ; regard extérieur : Laurence Drevard ; affiche : Agnès Michel : création lumière : Gaspard Samyn ; production : La Pagaille Cie ; aide : Fédération Wallonie-Bruxelles ; co-production : Pierre de Lune (Bruxelles) ; photo © Province de Liège



