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Critiques / Opéra & Classique

Une autre belle au bois dormant

par Christian Wasselin

Il n’y a pas que Tchaïkovski : Respighi a lui aussi écrit sa Belle au bois dormant, avec laquelle on a pu faire connaissance au Théâtre de l’Athénée.

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Il ne va pas de soi de faire d’un conte de Perrault une œuvre musicale : l’apparente simplicité du propos cache en réalité mille souterrains, et la forme choisie peut soit hypertrophier un propos concis et en partie secret, soit réduire ledit propos à une suite de situations lénifiantes.

A la suite du ballet célébrissime de Tchaïkovski, Ottorino Respighi (1879-1936) a souhaité à son tour se lancer dans l’aventure (non, Respighi n’a pas écrit que les Pins et les Fontaines de Rome  !). Mais loin de souhaiter mettre en train une grande forme à son tour, le compositeur italien a choisi le genre du conte musical, c’est-à-dire de l’opéra en miniature. Le résultat se ressent de cette modestie : La Belle au bois dormant selon Respighi, dans sa version de 1933, existe sans exister vraiment : les épisodes se succèdent (la naissance de la princesse, la menace de la sorcière, la quenouille, l’arrivée du prince, etc.), mais de manière désinvolte, sans s’attarder (ce qui est bien), sans non plus donner de l’épaisseur musicale et dramatique à la partition (ce qui est moins bien). Peut-être eût-il fallu revenir à la version originale de 1922, pour marionnettes, qui aurait donné de l’étrangeté au propos. Les numéros, par ailleurs, ne font pas entendre de mélodies très caractérisées, si bien que l’ensemble produit une impression d’alanguissement, malgré la brièveté de l’œuvre. Certaines chansons peu dessinées tombent à plat (celle du bouffon par exemple), et on se demande ce que vient faire l’apparition furtive de Mr Dollar dans un pareil contexte, même si à la fin de l’ouvrage cent ans ont passé et que Respighi veut nous faire comprendre qu’on a changé d’époque ; d’où ces rythmes de music-hall qui surviennent davantage à la manière d’une pirouette que d’une conclusion.

Un livret peu magique

Respighi a fait appel à Gian Bistolfi pour lui confectionner un livret, mais ce dernier a été ici traduit en français de manière un peu chantournée par Vincent Monteil. On souffre de ce manque de naturel et de simplicité, d’autant que la plupart des interprètes prononcent mal le français, et ne rendent justice ni aux paroles, ni à la relative fraîcheur de la musique. Seules Marie Cubaynes (même si Respighi fait de sa Fée noire un rôle en partie parlé) et Kristina Bitenc (la Princesse, le Rossignol) s’en sortent de manière convaincante. Quant à l’orchestre, il s’agit du Balcon, placé sous la direction de Vincent Monteil en personne. Il est très présent dans la salle délicieuse de l’Athénée, avec des bois et des cuivres on ne peut pas plus sonores, qui s’amusent à parodier Debussy ou Stravinsky selon les indications du compositeur.

Le spectacle de Valentina Carrasco, produit par l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin, est élégant : il est fait essentiellement de rideaux qui jouent, qui tombent, qui s’entortillent, et enrichi de costumes dont certains sont d’un charmant exotisme. On est souvent en pleine magie, mais on aurait aimé que les paroles et la musique, elles aussi, nous transportent dans un ailleurs rêvé.

Illustration : la sorcière prépare sa vengeance (photo Alain Kaiser)

Respighi : La Belle au bois dormant. Avec Kristina Bitenc, Lamia Beuque, Marie Cubaynes, Francisco Gil, Peter Kirk, Jaroslaw Kitala, Sunggoo Lee, David Oller, Rocio Pérez, Nathanaël Tavernier. Mise en scène : Valentino Carrasco ; orchestre Le Balcon, dir. Vencent Montheil. MISE en scène : Valentina Carrasco. Théâtre de l’Athénée, 21 janvier 2014.

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