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Critiques / Opéra & Classique

Un train pour Johannesburg d’après Lost in the stars de Kurt Weill

par Jaime Estapà i Argemí

Une histoire sans nuances en noir et blanc

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Un train pour Johannesburg est une adaptation de Lost in the stars, le dernier spectacle musical de Kurt Weill, présenté à Broadway en 1949 un an avant la mort du compositeur. L’action se situe en Afrique du Sud, concrètement dans la ville de Johannesburg. Elle raconte un fait divers dramatique entre les communautés noire et blanche à l’époque de l’apartheid : le fils d’un pasteur protestant noir et pacifiste, pris de panique pendant qu’il commet un cambriolage, tue le fils antiségrégationniste d’un blanc raciste militant .

Le choc psychologique produit par l’évènement déclenche de puissants mécanismes d’auto-analyse, et des sentiments de culpabilité et de repentance chez les parents des deux garçons, les vrais protagonistes de l’histoire. Leurs comportements se trouvent alors complètement altérés et le drame se termine d’une manière totalement inattendue.

Une tragédie mise en musique

Classée dans la catégorie tragédie musicale par Kurt Weill, un personnage, le Leader, joue le rôle du chœur de la tragédie grecque ; il suit les faits et gestes des personnages sur la scène, et en même temps éclaire le public sur leurs sentiments cachés pendant le déroulement de l’action. L’œuvre alterne des passages parlés et chantés, à la manière de la comédie musicale américaine. L’orchestre comporte seulement dix musiciens et la partition retrouve sans surprise les sonorités et les rythmes chers au compositeur allemand, enrichis par le gospel, et le jazz –Porgy and Bess (1935) de George Gershwin n’est pas loin par moments- déjà entendus dans des œuvres antérieures comme Street Scene (Voir les critiques n° 2606du 22/12/2010, et surtout n° 3590du 29/01/2013 de Caroline Alexander). L’adaptation de la pièce de Kurt Weill inclut la traduction signée Hilla Maria Heintz de tous les dialogues parlés ainsi que de quelques chansons.

L’efficace mise en scène de Didier Laborde

La mise en scène, réalisée avec peu de moyens matériels –afin de faciliter le transport du spectacle-, s’est surtout appuyée sur la grande expérience théâtrale de Didier Laborde et sur une distribution riche, solide et cohérente. Le baryton Jean-Loup Pagésy remplit à la perfection le rôle complexe de Stephen Kumala, le pasteur protestant noir, père de l’assassin. Il prête à son personnage sa voix au timbre sonore, à l’émission élégante et virile, parfaitement en adéquation avec les exigences de la partition, mais aussi son physique robuste et puissant, reflet d’une pensée inébranlable en apparence. Sa femme Grace est très bien interprétée par Dominique Magloire artiste dotée d’une voix flexible et de grande pureté et disposant aussi de capacités dramatiques qui l’autorisent jouer en même temps le rôle de Linda, femme de mauvaise vie, aux antipodes de la discrète et pieuse femme du pasteur. La soprano légère Anandha Seethanen incarne à la perfection Irina la jeune compagne enceinte de l’assassin dans un rôle chanté, et aussi le rôle parlé de Mkrise une femme sensiblement plus âgée. Le redoutable personnage de James Jarvis, le père blanc et raciste du garçon assassiné –rôle parlé– a valu des applaudissements très nourris à Christophe Lacassagne. Eric Vignau a fait régner son autorité sur l’ensemble du récit dans le rôle du Leader. Le reste de la distribution s’est montré à la hauteur à tout moment.

Par dessus de tout, la musique de Kurt Weill

Face à son piano Dominique Trottein a dirigé les neuf musiciens de l’ensemble musical Opéra éclaté d’un regard attentif et d’une main ferme. Il a bien fait ressortir la double facette –couleur et rythme- propre à la sublime musique de Kurt Weill, très représentative de son époque américaine, mais qui a repris ici, pour une dernière fois, des aspects harmoniques et rythmiques musicalement plus osés de son époque allemande, lorsqu’il travaillait aux côtés de Bertolt Brecht.

Un train pour Johannesburg, d’après Lost in the stars Tragédie musicale de Kurt Weill. Ensemble instrumental Opéra Eclaté. Direction musicale et piano, Dominique Trottein. Mise en scène Olivier Desbordes, scénographie et lumières Patrice Gouron, costumes Jean-Michel Angays. Avec Jean-Loup Pagésy, Anandha Seethanen, Dominique Magloire, Joël O’Cangha, Christophe Lacassagne, Josselin Michalon, Alexandre Charlet, Geraude Ateva Derman, Sonia Fakir, Alexandre Martin Varroy, Yassine Benamaur, Timoté Pagésy.

Coproduction Centre lyrique de Clermont-Auvergne, Festival de Théâtre de Figeac Opéra Eclaté-Orchestre de Dijon-Bourgogne et Opéra Massy.

Opéra de Massy le 7 février 2014.

www.opera-massy.com - +33 (0)1 60 13 13 13

Photos Nelly Blaya

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