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Critiques / Théâtre

Un petit garçon d’Elie Pressmann

par Gilles Costaz

Un enfant sous l’occupation

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Comment parler de soi-même sans impudeur, dans la juste distance ? Jean-Claude Grumberg avait adopté le « on », se désignant comme un pronom indéfini dans un dictionnaire de nécrologies avant l’heure imaginé par Jérôme Garcin. Elie Pressmann, lui, a adopté le « il » pour révéler une part de son passé. Dans Un petit garçon, il se souvient de sa jeunesse et en fait le récit à la troisième personne. Comme il joue lui-même son texte, il est à la fois lui-même et un autre. Ainsi il ne peut pas s’émouvoir de façon visible et s’identifier d’une manière absolue au personnage : c’est de « il » qu’il s’agit. Il donne parfois à rire, il blague, il joue avec les mots (c’est sa nature d’écrivain brillant, comme le savent ceux qui ont lu son Pense-bête Pense-Homme). Pourtant, sa vie d’enfant fut terrible. Dans l’immeuble parisien où habitait sa famille pendant la guerre, les Pressmann avaient été dénoncés. Ils surent échapper à la rafle grâce à l’aide d’une voisine, une « dame de petite vertu » au grand coeur. Mais, un peu plus tard, la fuite vers la zone libre fut fatale à la mère, la seule du groupe qui ne put échapper aux nazis et fut éliminée dans un camp de concentration. Le petit Elie fut caché et nourri par un généreux Savoyard. Il allait devenir un écrivain et un acteur (au TNP et au cinéma : on le voit, notamment dans Vie privée de Louis Malle) qui comptent dans notre histoire artistique.
Sans décor, sans autre accessoire qu’une chaise, Pressmann égrène ces épisodes. Jamais de colère. Juste une paix qui voile les troubles et la douleur. Beaucoup d’amour des autres. Et, centrale bien qu’exprimée avec une infinie délicatesse, la hantise de la mère absente. Catherine Hubeau a conçu une mise en scène minimale, tendre, secrète, enjouée, tournant totalement le dos au style plaintif. Elie Pressmann ne commente pas, même en sous-main, ce qu’il a vécu. Il le conte sur le ton de la vérité souce. Il agite parfois ses grands bras pour dire qu’il faut laisser à la vie et au théâtre leur part de jeu. C’est un rare moment de funambulisme : on avance avec lui sur un fil tendu entre la tragédie et la célébration de la beauté de la vie, sans tomber.

Un petit garçon d’Elie Pressmann, mise en scène de Catherine Hubeau, lumière de Fabienne Breitman.

Essaïon, 19 h 45 du jeudi au samedi, 18 h le dimanche, tél. : 01 42 78 46 42, jusqu’au 24 avril. Texte aux éditons de l’Amandier.

Photo X.

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