Accueil > Un métier idéal d’après John Berger et Jean Mohr

Critiques / Théâtre

Un métier idéal d’après John Berger et Jean Mohr

par Corinne Denailles

Nicolas Bouchaud, un passeur passionné

Partager l'article :

Nicolas Bouchaud est un véritable comédien de troupe (En 2013, l’Association professionnelle de la critique lui décerne le prix du meilleur comédien pour Le Misanthrope mis en scène par Jean-François Sivadier avec lequel il a beaucoup travaillé) mais il aime aussi creuser un sillon personnel à travers des choix d’œuvres singulières. Il reprend au théâtre du Rond-point trois spectacles en solo, mis en scène par Eric Didry, qui explorent des univers très différents passer au tamis de la lecture du comédien. Après La Loi du marcheur, à partir des entretiens du critique de cinéma Serge Daney, Le Méridien autour de la figure de Paul Celan, voici Un métier idéal, d’après le livre de John Berger et du photographe Jean Mohr qui raconte l’histoire d’un médecin de campagne en Angleterre dans les années 1960, destin singulier d’un homme qui parle de son métier avec pragmatisme, philosophie et poésie. Le texte est le riche terreau sur lequel le comédien s’appuie pour s’interroger sur la question de la vocation, sur les caractéristiques de ce métier qui, au-delà de la compétence professionnelle, réclame abnégation, disponibilité, empathie, capacité d’écoute. Un métier qu’il rapproche de celui de l’artiste qui réclame à sa manière une forme d’engagement, d’empathie et de goût pour l’échange pour peu qu’on ne conçoive pas le théâtre comme un objet de consommation. De ce point de vue, Bouchaud est un maître, un arpenteur de la pensée qui parcourt les œuvres élues pour nous livrer le fruit de ses réflexions et instaure un échange ludique avec le public sans aucune démagogie mais avec une complicité espiègle.
Ainsi, il tisse ensemble le texte de Berger, des souvenirs personnels d’acteur ; il lance au public des brassées de questions tous azimuts qui se dissolvent dans l’air comme des bulles de pensée laissant une trace subliminale dans les esprits. Et quand il invite un spectateur sur scène ce n’est pas pour qu’il serve de faire-valoir mais pour une véritable leçon de théâtre sur une tirade du Roi Lear. Silhouette désinvolte, le cheveu toujours en bataille, le regard étonné et l’œil qui frise, il nous emmène en promenade par les chemins à sauts et à gambades tel que Montaigne décrit le cheminement de sa pensée dans le chapitre de ses Essais, "De l’Art de conférer". D’un spectacle l’autre, Nicolas Bouchaud, passeur passionné, nous invite à une méditation philosophique et une insatiable curiosité du monde et des autres.

Un métier idéal d’après John Berger et Jean Mohr, de et avec Nicolas Bouchaud ; traduction Michel Lederer ; adaptation Nicolas Bouchaud, Eric Didry, Véronique Timsit ; lumières, Philippe Berthomé ; scénographie, Elise Capdenat. mise en scène Eric Didry. Au théâtre du Rond-point à 21h jusqu’au 31 mars. Durée : 1h30. Résa : 01 44 95 98 21.

Texte aux éditions de l’Olivier

© Jean-Louis Fernandez

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.