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Critiques / Théâtre

Un jour en octobre de Georg Kaiser

par Gilles Costaz

Deux pères pour un enfant

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Classé comme l’un des plus grands auteurs de théâtre expressionnistes, l’Allemand Georg Kaiser (1878-1945) reste assez peu joué en France. On le connaît pour les pièces De l’aube à minuit et Le Radeau de la Méduse. Mais Un jour en octobre, que l’Atalante nous fait découvrir Un jour en octobre dans une traduction nerveuse de René Radrizzani, n’a jamais été joué dans notre pays. Et c’est une étrange pièce, d’une forme qu’on jugera datée ou historique selon l’intérêt qu’on y prendra. Dans une ville de province allemande, une jeune fille de bonne famille a eu un enfant dont on ne connaît pas le père. Elle ne veut pas révéler l’identité du « séducteur » mais elle lâche, en dormant, le nom d’un officier, qui est aussitôt convoqué par l’oncle-tuteur. L’officier dément être le père de l’enfant. En effet, des soupçons se portent vers un garçon-boucher, qui aurait abusé de la jeune fille avec l’accord de sa maîtresse. Mais les deux suborneurs supposés avouent en même temps : ils se disent chacun l’homme recherché. Où est la vérité ? La jeune femme se montre charmée par l’officier et non par le garçon-boucher, mais elle aurait été la compagne, furtive, des deux hommes. La « vérité » sera reconstituée à partir de rêves et des fantasmes et non à partir des éléments factuels.
L’œuvre est à la frontière de l’expressionnisme, de l’énigme pirandellienne et de la « psychologie des profondeurs ». Bizarre, bizarre ! La construction, qui reprend dans la lumière des années 1920 le thème de Catherine de Heilbronn de Kleist, surprend mais l’on finit par être enveloppé par ces scènes contraires qui se superposent et ce déchiffrement du secret qui n’est jamais entièrement révélé. La mise en scène d’Agathe semble s’amuser de ces difficultés, et c’est pour cela qu’on y prend un plaisir inattendu. On saute sans cesse d’un univers, d’une sensibilité, d’une version de faits à son contraire ! Au lieu de fragmenter, la mise en scène glisse comme une habile manipulation de jeu de cartes. Ariane Heuzé est une fascinante Catherine, au jeu vif et mystérieux. Hervé Van Der Meulen joue cet oncle incapable de sortir de l’esprit de son milieu avec un corset mental inflexible : la violence même de la pensée bourgeoise ! Bruno Boulzaguet additionne finement la passion de l’amant et la raideur du soldat. Benoît Dallongeville (le garçon-boucher) et Jaime Azulay (l’aumônier) traduisent la vérité sociale d’une époque, chacun à sa manière. C’est une curiosité dont l’audace ancienne finit par nous emporter comme une audace d’aujourd’hui.

Un jour en octobre de Georg Kaiser, traduction de René Radrizzani, mise en scène d’Agathe Alexis, scénographe et costumes de Robin Chemin, réalisations sonores de Jaime Azulay, chorégraphie de Jean-Marc Hoolbec, collaboration artistique d’Alain-Alexis Barsacq, avec Hervé Van Der Meulen, Ariane Heuzé, Bruno Bouzaguet, Benoît Dallongeville, Jaime Azulay.

Théâtre de l’Atalante, tél. : 01 46 06 11 90, jusqu’au 13 février. (Duré : 1 h 35).

Photo DR.

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