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Critiques / Théâtre

Un certain Charles Spencer Chaplin de Daniel Colas

par Gilles Costaz

L’envers de la gloire

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Evoquer la vie et les films de Charlie Chaplin avec les moyens du théâtre : l’entreprise n’est pas simple. Daniel Colas ne s’est pas laissé déborder par la multitude des événements et des anecdotes. Il a cherché à conter la réussite et son envers. Charlot côté succès et côté souffrance. Soit les vérités que cache souvent la légende. La pièce commence à Paris, en 1952 : on attend Chaplin qui doit parler à la presse française, mais il ne vient pas. Du moins il se fait attendre, car l’homme est trop blessé par les attaques des journaux dans le monde entier. Il arrive enfin, parle et, dans ses confidences, retrace le parcours de sa carrière. Ses premiers rôles quand il arrive de Londres à Los Angeles (sa drôlerie crée des jalousies mais lui vaut la confiance de Mack Sennett), la mise en place d’une équipe Chaplin avec son frère Sidney, l’admiration du monde entier dont l’ivresse est contrebalancée par le goût amer des soupçons des services officiels (il ne soutient pas la cause des Etats-Unis, il serait bolchevik) et des critiques sur sa vie privée, l’interdiction qui lui est faite de rentrer aux Etats-Unis alors qu’il est venu présenter Les Feux de la rampe à Londres, son installation en Suisse, ses dernières années en Europe.
Plutôt qu’une saga, c’est une série de flashes. Presque pas d’extraits de films. C’est l’interprète du rôle central qui fait quelques imitations (très drôles), chapeau melon sur la tête et badine à la main. Cet acteur est admirable : Maxime d’Aboville, qui ne se contente pas de mimer Charlot mais de donner au créateur une présence songeuse, ironique, profonde, à la fois amoureuse et désenchantée. Avec les autres, Chaplin était là et absent, victorieux mais blessé, fidèle à l’enfance misérable dont il était issu. D’Aboville fait sentir tout cela, secrètement, en changeant de vitesse et de visage. Autour de lui, les autres acteurs, dans des rôles simples ou doubles, ne peuvent avoir la même richesse d’expressions face à des personnalités moins complexes mais Adrien Melin, Xavier Lafitte, Béatrice Agenin , Coralie Audret, pour ne citer qu’eux, saisissent bien l’image d’époque, les types de ces années-là. Rien ne fait carton pâte ou reconstitution naïve. L’hommage de Daniel Colas est une belle page d’Histoire, où se mêlent la gloire, la douleur, l’injustice et les gags.

Un certain Charles Spencer Chaplin de Daniel Colas, mise en scène de l’auteur, décors de Jean Hass, costumes de Jean Daniel Vuillermoz, lumière de Frank Thévenon, vidéo d’Olivier Bémer, chorégraphie de Cécile Bon, collaboration artistique de Coralie Audret, avec Maxime d’Aboville, Béatrice Agenin, Linda Hardy, Benjamin Boyer, Xavier Lafitte, Adrien Melin, Coralie Audret, Alexandra Ansidei, Thibault Sauvage, Yann Couturier.

Théâtre Montparnasse, tél. : 01 43 22 77 74. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1h 50).

Photo J. Stey

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