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Critiques / Théâtre

Un captif amoureux de Jean Genet

par Gilles Costaz

La tragédie de la Palestine

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Ayant depuis longtemps renoncé à écrire du théâtre, ayant pris fait et cause pour les Black Panthers, Jean Genet se rendit au Moyen-Orient à trois reprises, en 1970, en 1972 (il n’y reste pas : il est arrêté en Jordanie et expulsé) et surtout en 1982. Cette année-là, il est témoin des massacres de Sabra et Chatila. Profitant du départ des forces américaine, italienne et française, des milices libanaises, protégées par l’armée israélienne, pénètrent dans les camps, où la population est sans armes, et tuent un millier de personnes. L’écrivain rédige rapidement un premier article, Quatre Heures à Chatila, puis, refusant désormais d’être considéré comme français et européen, écrit un gros livre, son dernier ouvrage, Un captif amoureux, où s’exprime sans lamento, dans une sorte de douceur accusatrice, sa passion des Palestiniens, de leur cause, de leur vie.
On a déjà porté des extraits de ce livre à la scène – Marc Berman notamment, en solo. Guillaume Clayssen le présente de façon plus ample, avec deux comédiens, et en collaborant avec un photographe palestinien, Raed Bawayah, dont les images noir et blanc apparaissent parfois à l’arrière-plan. Mais la scène tient son étrangeté et sa force de son caractère dépouillé. Ne s’y trouvent qu’un tas de bois mort et un tas de planches, deux éléments de pauvreté dont le déplacement bruyant traduira parfois la colère et le désespoir. L’un des acteurs, Benoît Plouzen-Morvan, figure Genet, le narrateur. L’autre, Olav Benestvedt, incarne parfois un autre aspect de Jean Genet et aussi toutes les personnes, masculines et féminines, que l’écrivain rencontre. La relation entre les deux comédiens est poignante, mystérieuse. Elle oppose un être concret, Genet lui-même, et des êtres plus imaginaires, la guerre et la souffrance se reflétant dans une belle gestuelle bouleversante et jusque dans les chants de Olav Benestvedt. Le texte est d’une puissance historique implacable. Guillaume Clayssen n’a pas voulu l’accompagner d’un jeu réaliste. Il conduit les interprètes vers un univers sombre où l’on est dans l’au-delà de la tragédie, là où le corps est cassé et digne, là où le flou est le voile de l’indicible. La transposition de l’œuvre par Clayssen acquiert une dimension théâtrale exceptionnelle.

Un captif amoureux de Jean Genet, adaptation et mise en scène de Guillaume Clayssen, assistanat de Julien Crépin, création vidéo de Boris Carré, photos Raed Bawayah, création lumière d’Eric Heinrich, création sonore de Samuel Mazzotti, costumes de Séverine Thiébault, scénographie Stéphanie Rapin, construction du décor par Bernard Gerest, création en résidence à Lilas en scène. Avec Benoît Plouzen-Morvan et Olav Benestvedt.

L’Etoile du Nord, tél. : 01 42 26 47 47, jusqu’au 13 décembre. (Durée : 1 h 15). Une exposition de photos de Raed Bawayah a lieu à la Maison européenne de la photographie jusqu’au 25 janvier.

Photo Virginie Puyraimond.

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