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Critiques / Théâtre

Un amour de jeunesse d’Ivan Calbérac

par Gilles Costaz

Le retour d’une épouse gênante

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Trop souvent, dans les pièces comiques données dans le circuit du théâtre privé, les bourgeois parlent aux bourgeois. On rit entre soi. Un peu de satire sociale est bienvenue quand il y en a. C’est le cas avec Ivan Calbérac qu’on connaît pour L’Etudiante et M. Henri, Venise n’est pas en Italie, La Dégustation et qui revient au premier plan de l’actualité de la comédie avec Un amour de jeunesse. Là, de la moquerie sociale, il y en a ! On y voit un quinquagénaire patron d’entreprise et sans doute bien taxé par l’impôt sur la fortune faire face à un événement un peu dérangeant : un « amour de jeunesse » qu’il avait perdu de vue depuis vingt ans revient à Paris et souhaite le rencontrer. Or, autrefois, ils étaient mariés sous le régime de la communauté. Donc elle peut revendiquer la moitié de la fortune. Le riche homme d’affaires vit avec une autre femme, qui ne manifeste pas de jalousie mais ne veut pas non plus que l’ex de son mari prenne une part de cet argent dont elle profite largement. Ils décident de se faire passer pour pauvres, demandent à leur femme de ménage asiatique de leur prêter son modeste appartement et y donnent rendez-vous à la revenante. Celle-ci, écolo et économe, arrive et entre dans un domicile de fauché. Devant un ancien amant qui simule l’état de démuni (financièrement et intellectuellement), elle a l’air d’une pauvresse naïve, mais qui roulera l’autre ?
Il n’y a pas une grande étude des caractères, ni un dialogue tout en formules brillantes. Mais l’on ne retient pas ses rires. C’est si drôle et si vengeur ! Ivan Calbérac mène bien les coups de théâtre et dirige bien les acteurs dans cette maligne tromperie entre fortunés et sans-le-sou. C’est toujours plaisant même si on peut ne pas trouver de bon goût qu’on veuille nous fasse rire de la domestique asiatique à travers des accès de cupidité (n’est-ce pas un peu xénophobe ?) et même si l’on peut reprocher au scénographe Edouard Laug d’avoir conçu un décor bien laid quand il s’agit de l’appartement de cette domestique, précisément (les autres éléments de décor sont, au contraire, tout à fait élégants). Roi de la soirée, Stéphane De Groodt, l’air vif et narquois, est fait pour la comédie et s’y promène aisément, composant un riche aux abois qui réagit par à-coups, par explosions. Pour la pièce de Calbérac, il ne recule pas devant certaines clowneries, certains jeux physiques où il déclenche, sans vulgarité aucune, l’hilarité. Isabelle Gélinas, qui – vertu rare – sait jouer la farce en demi-teintes, est d’autant plus visible qu’elle se fond dans les mouvements d’ensemble et intervient par petites touches. Olivia Côte, perruquée et fagotée en écolo qui aurait oublié de se préoccuper de sa beauté, a une autorité souriante et le répondant qu’il faut face à un partenaire aussi prégnant que De Groodt. Dans les rôles de second plan, Nelly Clara et Sébastien Pierre savent ne pas être effacés.
Elle reste mesurée, la satire sociale, si on l’analyse vraiment. Mais, si elle est plus blagueuse que révoltée, elle est d’une drôlerie bienfaisante.

Un amour de jeunesse d’Ivan Calbérac, mise en scène de l’auteur, décor d’Edouard Laug, avec Stéphane De Groodt, Isabelle Gélinas, Olivia Côte, Nelly Clara et Sébastien Pierre.

Théâtre de la Renaissance, tél. : 01 42 08 18 50 ; (Durée : 1 h 40).

Photo DR.

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