Mozart à Laon le 28 septembre

Un Mozart très allant

Dans le cadre du Festival de Laon, Julien Chauvin dirige son Concert de La Loge avec une fougue réglée qui nous transporte.

Un Mozart très allant

JULIEN CHAUVIN EST-IL LE HABENECK de notre temps ? D’une certaine manière, oui. On se rappelle que François Habeneck est ce chef d’orchestre qui révéla au public parisien, à partir de 1828, les symphonies de Beethoven – et assura par ailleurs la création de plusieurs œuvres de Berlioz (la Symphonie fantastique, le Requiem et Benvenuto Cellini). Or, au début du XIXe siècle, la fonction du chef d’orchestre n’était pas définitivement fixée, et Habeneck dirigeait de son violon : instrumentiste lui-même, il lançait le mouvement et s’assurait de la cohérence de l’ensemble. C’est uniquement face à des partitions faisant appel à d’importants effectifs (on a cité l’exemple du Requiem de Berlioz) qu’il troquait l’archet du violoniste contre la baguette du chef.

Julien Chauvin agit de même. Violoniste, il joue avec les musiciens du Concert de La Loge, l’ensemble qu’il a créé il y a dix ans*, et lui communique sa fougue. Ce qui nous vaut, dans une cathédrale de Laon d’une étonnante clarté acoustique, une Ouverture des Noces de Figaro particulièrement enlevée. La Symphonie « Jupiter » est pourvue des mêmes vertus : nerveuse, musclée, avec des nuances soulignées sans timidité mais qui ne nuisent jamais à la cohérence de l’interprétation. Le fait que les membres de l’orchestre jouent tous debout (sauf évidemment les violoncelles) n’est sans doute pas pour rien dans l’engagement physique obtenu par le violoniste-chef. Mais il est difficile, dans ces conditions, de faire se lever tel ou tel instrumentiste au moment des saluts : lui demander de brandir son instrument est la solution alternative !

Pastoral et convulsif

Avec la Messe K 427 de Mozart, la musique prend une autre dimension : l’arrivée des chœurs et de quatre chanteurs solistes oblige Julien Chauvin à substituer la baguette du chef d’orchestre à l’archet du soliste. L’ardeur des musiciens de la Loge ne faiblit pas pour autant, et cette partition monumentale mais inachevée (il manque l’« Agnus dei »), l’une des plus belles de l’ensemble du répertoire sacré, est servie avec éclat. La tension convulsive des cordes et les pianissimi vertigineux dans l’inflexible « Qui tollis », les merveilleuses couleurs agrestes des bois dans l’« Et incarnatus est », la maîtrise de l’ensemble vocal La Sportelle dans les plus impétueux enchevêtrements du « Cum sancto spiritu » ou du « Sanctus », tout nous ravit.

Côté solistes, on ne peut que louer les deux voix féminines réunies pour l’occasion. Camille Chopin, qui remplaçait Mélissa Petit, possède une rondeur dans le timbre qui fait merveille dans l’« Et incarnatus est » ; Eva Zaïcik met à profit le beau métal de sa voix de mezzo relativement légère (la messe fait en principe appel à deux voix de soprano) dans les vocalises du « Laudamus te ». Elles composent ensemble un joli bouquet dans le « Domine deus ». Les voix masculines sont beaucoup moins sollicitées par la partition : on entend assez peu Abel Zamora dans le « Quoniam », où le ténor a fort à faire devant l’exaltation des deux voix féminines (contrairement à certains chefs, Julien Chauvin ne lui fait pas chanter une phrase à découvert au début du « Gloria »), et Mathieu Gourlet apporte in extremis sa couleur sombre dans le « Benedictus ».

Ce concert était donné dans le cadre du Festival de Laon, toujours placé sous la houlette de son très actif directeur artistique Jean-Michel Verneiges, qui se poursuit jusqu’au 5 octobre.

Illustrations : Julien Chauvin par Marco Borggreve/Erato Warner (dr) ; les interprètes de la Messe en ut mineur (photo Robert Lefèvre)

* On rappellera que le Comité international olympique, dont on aurait pu attendre un peu plus de fair play, a obtenu que Le Concert de La Loge ne puisse pas reprendre le nom de Concert de La Loge olympique qui était pourtant celui d’une association musicale qui fut active à Paris de 1783 à 1789.

Mozart : Ouverture des Noces de Figaro - Symphonie n° 41 « Jupiter » - Messe en ut mineur K 427. Camille Chopin, soprano ; Eva Zaïcik, mezzo-soprano ; Abel Zamora, ténor ; Mathieu Gourlet, basse ; Ensemble La Sportelle, Le Concert de La Loge, dir. Julien Chauvin. Cathédrale de Laon, 28 septembre 2025.
Ce programme sera repris par les mêmes interprètes le vendredi 7 novembre au Théâtre des Champs-Élysées.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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