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Critiques / Opéra & Classique

Un Bal Masqué de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Sondra Radvanovsky, Nina Minasyan, deux voix de femmes sauvent la reprise de ce bal manqué

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A sa création en juin 2007 (WT 1173), la production signée Gilbert Deflo de ce Bal Masqué, œuvre de maturité fort peu joué de Verdi, s’attira les foudres d’un désastre : le ténor star du principal personnage masculin – Marcelo Alvarez - déclarait forfait pour cause de maladie, son remplaçant chanta souffrant, les rôles féminins en firent autant, seul le baryton – Ludovic Tézier – et le chef d’orchestre - Semyon Bychkov – sauvèrent la mise.

Onze ans plus tard, pour cette deuxième reprise – une première eut lieu en 2009 - les rejets et les atouts se sont inversés. Une distribution en bon équilibre trouve pour le rôle de Riccardo le timbre clair et la projection homogène du ténor sarde Piero Pretti, à la diction nette et aux aigus lumineux, alors que Renato, l’ami trompé que chantait Tézier s’éclipse ici dans l’absence de présence et de voix du jeune baryton Simone Piazzola. Son souffle court, ses graves sans relief, son jeu stéréotypé dénotent singulièrement d’autant que son début de carrière avait jusqu’ici donné des signes prometteurs.

Les rôles secondaires masculins sont défendus sans faille par une fine équipe (Mikhail Timoshenko/Silvano, Marko Mimica/Samuel, Thomas Dear/Tom, Vincent Morell/Giudice, Hyoung-Min Oh/serviteur).

La direction d’orchestre en revanche peine à donner à ce Verdi flamboyant les couleurs et le souffle qui en font l’incomparable marque de fabrique. La baguette de Bertrand de Billy joue aux ralentisseurs, les tempos s’émoussent, une sorte de pesanteur s’installe dans laquelle la musique semble mise en sommeil.

Ce sont donc les femmes qui réussissent à hisser le spectacle à un niveau étoilé. Même si la mezzo Varduhi Abrahamyan n’atteint pas les sommets dans le rôle d’Ulrica, la sorcière voyante pré-diseuse d’avenirs, elle fait entendre une voix au medium lustré et dévoile un jeu nerveux de comédienne. Les deux sopranos, Sondra Radvanovsky en Amelia, l’amoureuse et Nina Minasyan en Oscar, le page, remportent la palme du bien chanter/bien jouer. La première venue du Canada, avec un patronyme fleurant l’est européen, a tout pour séduire, une présence rayonnante, une élégance d’aristocrate, un timbre généreux au legato solide, des graves de braise, des aigus ensoleillés. Avec elle Amelia atteint une sorte de grâce humaine qui touche au cœur et qui émeut. Petite, mince, voltigeuse comme une gamine ou plutôt un gamin, Nina Minasyan compose un page mutin, espiègle et fine mouche. Ses vocalises grimpent en aigus lumineux, son jeu scintille, piqué d’humour et parfois même de dérision bien calculée.

Toutes trois pigmentent les noirs et blancs des décors de William Orlandi, aigle aux ailes de neige, vautours charbonneux, statue de marbre laiteux. Deflo illustre au premier degré une rivalité amoureuse et laisse en coulisses le sujet politique – l’assassinat de Gustave III de Suède perpétré au cours d’un bal masqué – qui avait été la source d’inspiration de Verdi, obligeant celui-ci, pour cause de censure, à transposer le fait divers dans une Amérique imaginaire.
Sa direction d’acteurs reste inexistante, et, pour faire entendre leurs arias, les chanteurs le plus souvent sont campés en bord de scène face au public. Il ne leur manque que la main sur le cœur…



Un bal masqué de Giuseppe Verdi, livret d’Antonio Somma d’après Eugène Scribe. Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Bertrand de Billy, chef des chœurs José Luis Basso, mise en scène Gilbert Deflo, décors et costumes William Orlandi, lumières José Hourbeigt, chorégraphie Micha van Hoecke. Avec Piero Pretti, Simone Piazzola, Sondra Radvanovsky (et Anja Harteros les 3, 6, 10 février), Varduhi Abrahamyan, Nina Minasyan, Mikhail, Timoshenko, Marko Mimica, Thomas Dear, Vincent Morell, Hyoung-Min Oh.

Opéra Bastille, les 16, 19, 22, 25, 31 janvier, 3, 6, 10 février à 19h30, le 28 janvier à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr

Photos Emilie Brouchon/Opéra National de Paris

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