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Critiques / Théâtre

Ubu roi (ou presque) d’Alfred Jarry

par Gilles Costaz

Eloge du désordre

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Le TNP s’offre une création collective, dite « fatrasie », Ubu roi (ou presque), comme pour changer d’air, se distraire entre deux grandes productions. Ce n’est pas très habituel, le collectif, chez Christian Schiaretti, bien que le directeur ait un grand souci de l’équipe. Mais, les grandes fresques de Césaire étant faites, il lâche les rênes et les fauves. D’ailleurs, ce n’est pas lui qui signe le texte remis au public, mais son conseiller littéraire, Guillaume Carron. Lequel déclare : « L’origine « potache » de la pièce se traduit sur la scène, jonchée d’excréments et d’éléments industriels, rappelant l’oeuvre scandaleuse de Wim Delvoye : Cloaca. Des soldats russes, ivres et vivants, rappellent la liberté d’un film de Kusturica quand les palotins voyous sortent tout droit d’Orange mécanique. Enfin, au milieu des ordures et des reliefs de la scène, la langue reste toujours précise, poignante, violente et articulée comme le pantin Ubu ». C’est à prendre comme un intermède dans l’attente de spectacles plus ambitieux et maîtrisés.
Programme tenu : le décor est un monticule de terre, de détritus, d’objets cassés, de vêtements abandonnés, de masses douteuses. Des chemins se dessinent dans cette colline trouée comme un gruyère et d’une couleur brune de mauvaise augure. Le père porte son énorme ventre où se dessine la gidouille, la mère Ubu a une veste noire et brodée de dompteuse. Les autres personnages sont des fantômes arrivant de telle illustration ou de tel film. Comme charge contre l’esthétique dominante, la soirée est parfaite. Elle préfère le débris à l’artefact, le déchet à l’objet neuf. Avec une vitalité qui n’est pas déplaisante, cette guerre au bon goût, cet éloge du désordre, cette fête de la laideur peuvent avoir leurs supporters. Mais, malgré la qualité de ses interprètes – un Ubu à l’angoisse omniprésente, Stéphane Bernard, une Mère Ubu truculente, Annick Bergeron -, tout se délite, quitte à se réorganiser au moment des passages chantés qui sont très réussis.

Ubu roi (ou presque) d’après Alfred Jarry, « fatrasie collective » sous la direction de Christian Schiaretti.
Pauline Noblecourt — adaptation, conseils littéraires, Marc Delhaye — composition musicale, improvisations, Fanny Gamet — scénographie et costumes, Émily Cauwet-Lafont — assistante aux costumes, Julia Grand — lumières, Dimitri Mager — travail corporel, Louise Vignaud — assistante à la mise en scène, Jessica Chauffert — stagiaire à la mise en scène, Jérôme Tubiana — clarinette, Yohan Rochetta — violon.
Avec :
Annick Bergeron — Mère Ubu
Stéphane Bernard — Père Ubu ; Jean Sigismond
Julien Gauthier — Bordure ; L’ours ; Un partisan de Bougrelas
Damien Gouy — Le palotin Pile ; L’ombre de Mathias ; Second coureur ; Le czar ; Un partisan de Bougrelas
Margaux Le Mignan — Un partisan de Bordure ; Bougrelas ; Le peuple ; Les nobles ; Les magistrats ; Les financiers ; Un paysan ; Un soldat russe ; Rensky ; Un palotin
Clémence Longy — Un partisan de Bordure ; La reine Rosemonde ; Le peuple ; Un palotin ; Un partisan de Bougrelas ; Un soldat russe
Clément Morinière — Un partisan de Bordure ; Le roi Venceslas ; Michel Fédérovitch ; Un palotin ; Un messager ; Le cheval à phynances ; Un partisan de Bougrelas ; Le commandant
Maxime Pambet — Le palotin Giron ; Les nobles ; Les magistrats ; Les financiers ; Un paysan ; Un partisan de Bougrelas
Julien Tiphaine — Le palotin Cotice ; Un messager ; Un soldat ; Les nobles ; Les magistrats ; Les financiers ; Un paysan ; Le général Lascy
Marc Delhaye musicien.

Théâtre national populaire, Villeurbanne, tél. : 04 78 03 30 00, jusqu’au 28 octobre. Très bon programme (Cahier du TNP, 17), établi sous la direction de Jean-Pierre Jourdain et Heidi Weiler, avec le concours de Mathilde Bellin.

Photo Michel Cavalca.

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