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Critiques / Théâtre

Trop de jaune d’Emmanuel Fandre

par Gilles Costaz

La Passion de van Gogh crucifié par lui-même

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L’écrivain Emmanuel Flandre avait peu abordé le théâtre. C’est pourquoi son nom nous est peu familier. Mais, pour l’un de ses premiers textes dramatiques, Trop de jaune, il place haut la barre : il imagine les derniers instants de van Gogh, se souvenant sans doute du texte d’Antonin Artaud (Van Gogh suicidé de la société) mais prenant un chemin personnel qui est celui du cérémonial sarcastique où le sacré et l’ordurier se mêlent dans une fureur ordonnée. Quasi nu, le peintre est allongé. Il vient de tirer sur lui-même et se trouve entre la vie et la mort. Le carnaval de ses proches tourne autour de lui : ses parents, méprisants, Gauguin, dédaigneux, l’amie Sien qu’il n’a pas su aimer, le docteur Gachet, le frère Théo, un journaliste, enfin la Mort elle-même… Il parle peu lui-même avant de tenter de se justifier puis de s’éteindre.
La table centrale est d’abord une table de billard, avant de devenir un lit, un lieu de solitude comme un point d’affrontements et d’étreintes. Derrière, une croix lumineuse. C’est vraiment une Passion que vit l’artiste hollandais qui s’est noyé dans la lumière jaune du Midi français. La mise en scène d’Orianne Moretti sert parfaitement ce texte d’une belle langue, dont les éclats reflètent les fureurs surréalisantes. Elle mêle les époques : en blouson noir, Gauguin (Xavier Fabre), a l’air d’un motard ou d’un rocker. L’interprétation de Van Gogh par Thomas Coumans est d’une belle pureté. Le rythme, les déplacements et les transformations voulus par Orianne Moretti sont justes et précis. Bien que tous les participants, Laurent Richard, Malik Faraoun, Francisco Gil, Eduard Michelon, Brigitte Aubry, Anne-Lisa Maulin et Carole Massana ne soient pas des jeunes fraîchement débarqués d’une école, le spectacle donne l’impression du surgissement d’un groupe sanguin, neuf et bouillonnant entrant dans l’arène théâtrale pour remettre les pendules à l’heure de l’engagement originel. C’est, en effet, un coup de poing projeté, un nœud de tourments fracassant, sans que soit sacrifié un climat esthétique fondé sur le clair et l’obscur.

Trop de jaune, « Les Dernières Heures de van Gogh », d’Emmanuel Fandre par la compagnie Correspondances, adaptation et mise en scène d’Orianne Moretti, scénographie de Laëtitia Franceschi, lumières de Cynthia Lhopitallier, costumes d’Orianne Moretti, sons de Clément Atlan, avec Thomas Coumans, Laurent Richard, Malik Faraoun, Xavier Fabre, Francisco Gil, Eduard Michelon, Brigitte Aubry, Anne-Lisa Maulin, Carole Massana.

Studio Hébertot, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 16 février. Reprises la saison prochaine.

Photo Presel.

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