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Critiques / Théâtre

Trente-six nulles de salon de Daniel Cabanis

par Corinne Denailles

Jeux de l’esprit

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Jacques Bonnafé est un explorateur poétique, un aventurier des mots, un spéléologue du double-sens, un jongleur du sens à rebours, un amoureux d’une littérature buissonnière et vagabonde trop curieuse pour suivre les sentiers battus et dont il se nourrit inlassablement et qu’il fait découvrir régulièrement au public (Jean-Paul Verheggen, Jacques Darras, Valérie Rouzeau ...). Ces spectacles sont toujours réjouissants d’intelligence, de drôlerie, de musicalité (complicités avec Eric Le Lan, Louis Sclavis ou Henri Texier), mariant poésie et absurdité. Mais voilà, peut-être parce qu’il a l’enthousiasme chevillé au corps, Bonnafé semble s’être emballé un peu vite pour le texte de Daniel Cabanis qu’il met en scène et interprète aux côtés de l’excellent Olivier Saladin. Ils jouent deux faux jumeaux, Mario et Mario, qui rappellent de loin quelques couples masculins de Beckett à Bouvard et Pécuchet en passant par Laurel et Hardy et le Dubillard des Diablogues. Ils se réclament discrètement du clown dans le jeu exagéré et l’accoutrement vestimentaire. Ces deux compères ne se supportent pas mais ne peuvent se passer l’un de l’autre et, pour passer le temps, s’asticotent et se jettent à la tête des sujets de réflexion plus absurdes les uns que les autres dans un match sans vainqueur ("un coup d’épée dans l’eau par temps de gel, est-ce utile ?" ; "vaut-il mieux être borgne ou unijambiste ?" ; "toi qui es laid, que penses-tu de la chirurgie esthétique ?"). Malheureusement, si le principe semble prometteur, le résultat est bien décevant et fait long feu malgré l’incontestable talent des deux comédiens qui se prennent joyeusement les pieds dans le jeu d’élastiques blancs tendus sur la scène, qu’ils recomposent inlassablement comme leur éternel et absurde dialogue de sourds.

Trente-six nulles de salon de Daniel Cabanis, mise en scène et interprétation, Jacques Bonnafé, avec Olivier Saladin. Scénographie et collaboration artistique, Anne-Flore Cabanis ; son, Bernard Vallery ; lumières, Orazio Trotta ; costumes, Astrid Vartanian.
Au théâtre du Rond-point, du 7 novembre au 6 décembre 2014, à 18h30,
puis au Centquatre à Paris du 13 au 25 janvier 2015. Rés : 01 44 95 98 21. Durée : 1h10.
www.theatredurondpoint.fr

Photo Giovanni Cittadini Cesi

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