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Critiques / Théâtre

Toutaristophane à Fourvière

par Gilles Costaz

Lyon, port de la Méditerranée

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Le théâtre semblait avoir perdu Eric Elmosnino, happé par le cinéma. Nous l’avons retrouvé ! Il était au festival des Nuits de Fourvière (avant d’être, à la rentrée, au théâtre Edouard VII pour une comédie mise en scène par Bernard Murat) et participait à la soirée Toutaristophane de Serge Valletti. On sait que le grand et truculent écrivain qu’est Valletti a entrepris de traduire, ou plutôt d’adapter, l’intégrale des pièces d’Aristophane qui nous sont parvenues. Un travail de titan, et aussi de poète libre de transposer ce qu’il veut en totale liberté. Les titres sont changés en fonction de l’adaptation (par exemple, Lysistrata devient La Stratégie d’Alice), l’action se passe dans un lieu et in temps indéfinis qui ressemblent quand même beaucoup à la Marseille d’aujourd’hui, les références culturelles et politiques sont remplacées par des équivalences que nous comprenons tous (Eschyle et Sophocle qu’un personnage d’Aristophane part au royaume des morts sont devenus Fellini et Pasolini !) Chaque texte est explosif, d’une vitalité de langage et d’appel au jeu ébouriffante.
Ce travail de romain (bien qu’il s’agisse d’un auteur grec) approche de sa fin. Dans un ou deux ans, Valletti devrait avoir établi le texte des onze comédies (il en est à huit, nous semble-t-il). Mais, dans le circuit du théâtre, qui peut donner vie à ces œuvres poissonneuses comme une criée, les mettre en scène, les produire ? Les Nuits de Fourvière, sous l’impulsion de leur directeur, Dominique Delorme, sont l’organisme le plus impliqué dans ce chantier qui pourra prendre des années. Après plusieurs soirées de profération au cours des éditions précédentes (avec notamment, une lecture-marathon stupéfiante par Valletti lui-même), c’est une autre forme de lecture qui a eu lieu cet été. Valletti a pu réunir de grands acteurs : Eric Elmosnino qui a donc réapparu pour l’occasion, Ariane Ascaride, Hervé Pierre, Christine Citti et Manuel Le Lièvre. Valletti les dirigeait et intervenait en cours de route, pour commenter l’action et aussi la forme du théâtre grec antique sur lequel il a des points de vue tout à fait nouveaux.
Ce fut une soirée volontiers paillarde et joyeusement politique sur la difficulté à gouverner les hommes et les femmes, quand le sexe et la cupidité donnent de sérieux coups de boutoir contre la morale et la loi. Prodigieux Hervé Pierre parfois suspendu au sommet d’un praticable, merveilleuse Ariane Ascaride comme une sirène dans l’eau de ce langage méditerranéen, épatant Eric Elmosnino à la fois batailleur et à distance, grandiose Manuel Le Lièvre jouant la fausse dignité des indignes, multiforme et rapide Christine Citti s’emparant aisément de personnages féminins très opposés. Un moment éclatant et une étape de plus sur la route « toutaristophanesque ».

Nuits de Fourvière, Lyon, tél. 04 72 32 00 00 : Les différentes pièces qui composent Toutaristophane paraissent aux éditions de l’Atalante, Nantes (quatre volumes disponibles).

Photo Loll Willems.

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