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Critiques / Festival / Théâtre

Tous contre tous d’Arthur Adamov

par Gilles Costaz

Les réfugiés en scène dans une pièce de 1952 !

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Grand artiste implanté depuis trente ans à Avignon, Alain Timár présente souvent deux pièces au moment du festival, ce qui ne simplifie pas les choix du festivalier sollicité à l’infini ! Son spectacle le plus repéré est Les Bêtes de Charrif Gattas que joue notamment Maria de Medeiros (voir la critique de Corinne Denailles). Mais l’on peut voir aussi Tous contre tous, passionnant à plus d’un titre, puisque c’est un retour au théâtre quelque peu oublié d’Arthur Adamov et une réalisation d’abord faite à Séoul, jouée par des acteurs coréens et produite par l’Université nationale des arts de Corée.
La pièce qui date de 1952, légèrement adaptée par Timár, rejoint de façon sidérante notre actualité. Dans un pays totalitaire, les réfugiés deviennent la bête noire du régime et de la population. Sans cesse, des décrets limitent les droits des réfugiés, sous prétexte qu’ils prennent le travail des habitants. Mais le pouvoir change de main et les réfugiés accèdent à des droits importants ; ils sont à même d’écraser ceux qui les oppressaient. Pris dans ce flottement politique, les ambitieux et les malins essaient de garder leurs postes et de bénéficier de leurs relations... Le message politique nous parvient avec une incroyable acuité ! C’est de l’anti-Brecht, par le point de vue et par la forme, mais il y a en même un temps une structure démonstrative qui rend hommage, inconsciemment, au maître du théâtre engagé. Cette volonté d’énoncer et de dénoncer pourrait être fastidieuse mais son caractère implacable, glaçant, met le spectateur sous tension. La mise en scène de Timár est très originale puisqu’elle fond les codes européens et les codes du théâtre coréen. Les acteurs forment un choeur dont se détachent quelques personnages (les comédiens peuvent jouer plusieurs rôles) et se changent à vue, au fond de la scène, quand ils passent de la figure d’habitant à celle de réfugié, de civil à militaire... Ces habits sont plus des signes que des costumes : ils sont beaux, clairs, utilisés dans des mouvements rapides et chorégraphiés. Un musicien, Young Suk, au centre de l’arrière-scène, soutient l’action de façon presque continue avec des instruments traditionnels. Le spectacle est une sorte de ballet entre le collectif et l’individuel ; entre les gestes d’ensemble et l’affirmation individuelle. Cette troupe, gracieuse et agile, fait surgir diverses résonances, car elle évoque elle-même son propre pays, son propre continent, en même temps qu’elle conte une histoire française. Le choeur ne figure pas chez Adamov. Son ajout par Timar donne à la pièce un autre style, que le jeu et la mise en scène servent dans une perfection formelle qui enchante. Et la réflexion sur les réfugiés, forte et contradictoire, nous secoue à travers cette grande élégance esthétique.

Tous contre tous d’ Arthur Adamov Adaptation en coréen Youn ji Bang Traduction Jae il Lim Interprète et assistante à la traduction So young Moon Mise en scène et scénographie Alain Timár Assistants mise en scène Chan ju Jeong, Do yeon Lee et Ga yeong Seo Direction musicale et musicien Young Suk Assistantes à la musique Su hyeon Lee et Su bin Kim Dramaturgie Yun hye Park Lumière Hae in Yoon Costume Kiu ri Han et Chae young Hong Avec Sam ee Chang, Seung an Hong, Yu jung Hong, Ga young Hyun, Seung hye Jeong, Kyu jin Kim, Sun young Kim, You ha Kwak, Gi hyun Lee, Jeong seok Lee, Pil ju Lee, Ga aie Moon, Ji woo Suh, Sung won Yoon, Hyun kyung Yoon Décor Ri ahn Kim.

Théâtre des Halles, Avignon, jusqu’au 28 juillet. (En coréen surtitré en français).

Photo Hyun woo Lee.

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