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Critiques / Théâtre

Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard

par Marie-Laure Atinault

L’amour à la campagne, pas si bucolique que cela !

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Le titre fleure bon la bluette. Tom à la ferme n’est pas dans la droite ligne de la série des Martine à la ferme, ou à la campagne ou au zoo. Rien de pastel dans la palette de l’auteur Québécois des Muses Orphelines.

Perdre celui que l’on aime, cueilli en pleine jeunesse est horrible. Mais ne pas pouvoir se livrer sans retenu à sa peine, à cette insondable douleur est terrible. Tom est dans la ferme familiale de son compagnon mort subitement. Il ne peut pas dire à la mère, ni au frère du défunt qu’il a perdu son amour. Il tente de donner le change de dire à la mère éplorée que, oui il connaissait bien la petite amie de son meilleur ami. Il voudrait crier : mais c’est moi, c’est moi qu’il aimait c’est moi TOM qui lui faisait l’amour. Il doit se taire, mentir. Garder à tout prix le secret. Tom est un citadin, cet univers campagnard n’est pas le sien. Il est déstabilisé par cette belle-famille aux agissements curieux. Agathe, la mère l’habille avec les vêtements de son fils et parfois s’adresse à lui comme si il était son fils. Le frère le trouble. Il retrouve dans les traits de Francis des ressemblances avec celui qu’il aimerait tant pleurer tranquillement. Mais Francis est un être fruste. Lui aussi va confondre Tom et son frère. Il reproduit les jeux violents qu’il avait avec ce frère pas si normal que cela. Le plus important est que l’on ne sache pas que, que l’on fasse comme si le petit frère était normal. Tom est en pleine confusion des sentiments et d’identité. Est-il un ange rédempteur, un sauveur, un christ ?

Michel Marc Bouchard a un style incisif et fleurit, un vocabulaire qui prend la racine des mots pour en extraire l’essence. Tom à la ferme n’est pas une comédie, ni un drame, ni un constat social. C’est une peinture à l’acrylique, crue, précise sur le fil qui se casse entre deux êtres, sur le mensonge salvateur des homosexuels. La fable organisée à la ferme, le silence gêné des familles, et surtout toute cette violence haineuse deviennent sous la plume de Michel Marc Bouchard une parabole terrienne. Il sait balancer entre le désespoir qui remonte aux lèvres comme une lame de fond, avec un humour qui calme la tempête. Ladislas Chollat a choisit avec sa scénographe Emmanuelle Roy, un décor réaliste pour notre installation à la campagne. Les lieux multiples changent grâce à un système d’ouverture et de roulettes. Ainsi nous sommes constamment avec Tom, qui découvre un monde si loin de lui et la face caché de son amant décédé. Le rythme ne laisse aucun répit aux spectateurs. Ladislas Chollat a su cerner le texte sans jamais le surligner, extraire cette poésie sauvage et abrupte. On retrouve l’un des premiers compagnons de théâtre de Ladislas Chollat, l’excellent Daniel San Pedro, dans le rôle âpre de Francis. On pense au début qu’il n’est qu’un bouseux stupide et agressif, mais ce personnage est plus profond. Christophe D’Esposito est Tom, sa façon de nous parler au début avec sa petite voix de garçon bien poli, nous le rend sympathique. Pauvre Tom perdu aux pays de la fourche, des vaches et des bleus. Raphaëline Goupilleau est la mère. Cette comédienne est toujours d’une justesse, d’une humanité. Elle illumine ce drame de sa présence.

Tom à la ferme est une pièce sur le mensonge et sur un deuil volé, voilé par une société toujours victime de ses carcans.

Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard. Création en France. Mise en scène Ladislas Chollat. Avec Raphaëline Goupilleau, Christophe D’Esposito, Daniel San Pedro, Elsa Rozenknop. Théâtre du Chêne Noir festival off Avignon 2013

Photo Pascal Gély

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