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Critiques / Comédie & Humour

Tie Break de Frédéric Rose

par Gilles Costaz

L’as des aces

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Le court de tennis est de couleur noire, et l’humour du nouveau show de Frédéric Rose aussi. Son personnage, en fond de court, dispute une partie difficile : son adversaire ne renvoie pas la balle, met des plombes à effectuer son retour de service. Aussi le temps passe ; le joueur, dans l’attente, la raquette sous l’aisselle, parle de sport, puis passe à autre chose. Il est aussi un peu acteur, il se verrait bien dans le casting d’un James Bond 007, mais, non finalement, il n’est pas ni « cascade » ni « gadget ». Alors il fait le tour des animaux qui pourraient disputer une compétition sportive – les girafes, ce devrait être l’espèce la plus douée. Il croise une femme qu’il ne reconnaît pas et qui le traite brutalement – c’est une ex, qu’il a oubliée. Il s’envole mentalement vers un hôtel de bord de mer où il n’y a ni la mer ni d’autre construction qu’un hall d’entrée ne donnant sur aucune chambre. C’est là qu’il a passé des vacances dans l’inexistant : « Dans le néant, c’était très sympa. Désolé, on ne vous a rien rapporté, mais il n’y avait rien. Le tourisme est encore très peu développé dans le néant. Les gens hésitent encore à y aller. » L’esprit galope dans tous les sens. Et le joueur d’en face ne renvoie toujours pas la balle…
Depuis qu’il a écrit Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles – un énorme succès -, Frédéric Rose s’est affirmé comme l’un des maîtres du nouvel absurde, un descendant moderne de Dubillard et de Devos. A présent, il joue lui-même et en solo, mis en scène par Laurent Serrano qui a une grande rigueur et concocte des gags dans l’austérité, sans facilité, sans caresser le spectateur dans le sens des rires prévisibles. Tout est bien écrit, bien envoyé à un public qui ne renvoie pas la balle mais des gerbes de rires. Frédéric Rose joue, dans un style imperturbable et avec une drôlerie totalement masquée de sérieux, ce champion égaré qui lit le Financial Times et prend des croquettes pour chat en attendant non pas Godot mais une balle improbable. Son humour qui se mange froid le place dans le peloton de tête au classement ATP des comiques. C’est un as des aces imaginaires.

Tie Break de Frédéric Rose, mise en scène de Laurent Serrano, avec Frédéric Rose.

La Manufacture des Abbesses, 19 h, tél. : 01 42 33 42 03, jusqu’au 25 mars.

Photo DR.

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