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Théâtre en mai

par Gilles Costaz

Jeunes et grandes troupes à Dijon

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La saison des festivals est lancée. Théâtre en mai, conçu à Dijon par Benoît Lambert, fait partie des manifestations les plus excitantes. Elle allie les spectacles importants – comme Le Temps et la Chambre de Botho Strauss mis en scène par Alain Françon – et des découvertes venant de jeunes compagnies de la région et de toute la France. Elle conserve le regard politique et critique de Lambert, dont on sait qu’il travaille souvent avec François Bégaudeau et Jean-Charles Massera.
Pendant le week-end des 20 et 21 mai, nous n’avons pas trouvé grand intérêt à l’installation suisse Nachlass, pièces sans personnes, qui est une circulation dans plusieurs espaces sur le thème de l’euthanasie. Mais les deux spectacles présentés en même temps avaient une séduisante singularité. Créé à Lyon, Cannibale, conçu par le collectif X, Maud Lefebvre et Agnès d’Halluin, conte un amour entre deux hommes fracassé par la maladie. L’un d’eux apprend qu’il va mourir, son ami tente par tous les moyens de maintenir une joie de vivre et d’aimer qui s’éteint inexorablement. La pièce n’est pas sans défaut, elle est un peu fragmentée. Mais elle est emportée par la passion, la sincérité, l’intensité et l’engagement physique. La mise en scène unit et sépare à volonté des espaces de jeu – les différentes pièces d’un appartement – où Arthur Fourcade et Martin Sève sont des acteurs d’une belle fougue sensible. Le thème de la viande est au centre de l’écriture, et c’est en effet saignant.
On n’attendait pas l’un des membres de la compagnie les Chiens de Navarre qu’il mette en scène un texte de Marguerite Duras. Mais si. Jean-Luc Vincent monte son adaptation du film Détruire, dit-elle qu’il rebaptise Détruire. La trame est celle d’êtres qui se reposent et s’observent dans une résidence, au gré de leur oisiveté pleine d’interrogations politiques et sentimentales. Vincent a ajouté la présence de Duras et de Yann Andréa, en train d’écrire le script (il se moque un peu d’eux, c’est amusant, mais Duras avait une grande séduction, ce qu’on lui retire dans les caricatures). Et la voix même de Duras, avec son sens des interventions fracassantes, résonne de temps à autre. Le spectacle peut donner l’impression de s’alanguir mais il est toujours intelligent et élégant, empruntant des pistes variées au gré d’un jeu subtil, même s’il est parfois trop durassien. Edith Baldy, Isabelle Catalan, Xavier Deranlot, Julien Derivaz, Airy Routier, Anne-Elodie Sorlin et Jean-Luc Vincent jouent tels des somnambules hantés de désirs. C’est sans doute la première fois qu’on transpose ce film, et c’est une réussite.
Le festival va vers sa conclusion. On y remarquera surtout un spectacle qui fit forte impression à la Colline, MayDay. S’y’affirment, en même temps qu’une bonne distribution), un auteur, Dorothée Zumstein, et une femme metteur en scène, Julie Duclos.

Théâtre en mai, festival, parvis Saint-Jean, Dijon, tél. : 03 80 30 12 12, jusqu’au 28 mai.

Photo DR : Le Temps et la Chambre, Jacques Weber et Gilles Privat).

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