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Critiques / Théâtre

The Valley of Astonishment de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

par Gilles Costaz

Le retour du maître

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Peter Brook refait un tour aux Bouffes du Nord, qu’il ne dirige plus depuis quelques années, et refait un tour de magicien comme il est seul à savoir le faire : avec rien il fait un spectacle plus fort que n’importe quelle grosse production. D’ailleurs, un magicien il en met un dans cette nouvelle pièce, The Valley of Astonihment (la Vallée de la stupeur), comme pour nous dire, avec un clin d’œil, que la prestidigitation, c’est d’abord une affaire suggestion et de manipulation du cerveau.

Comme lorsqu’il créa L’Homme qui il y a une vingtaine d’années, Brook met en scène le cerveau, son dysfonctionnement ou plutôt son hyper-fonctionnement. Le personnage principal est une femme dont la mémoire enregistre tout : les gestes qui ont lieu autour d’elles, les pages qu’on vient de lire, les listes qu’elle entend. Même si on multiplie les pièges dans les textes qu’on lui demande de restituer immédiatement après les avoir entendus, elle ne se trompe pas. Elle réussit l’impossible : se souvenir de ce qui, chez les individus « normaux », n’est pas mémorisable. Mais cela ne va pas sans souffrance. Comment évacuer du cortex toute cette matière de mots et d’images qui l’a envahi ?

Une nouvelle fois, Brook et sa complice de toujours, Marie-Hélène Estienne, ont hanté les services et les centres de documentation psychiatriques, interrogé des neurologues. Puis ils ont représenté ce cas médical dans le contexte médical. Le plus souvent, la femme douée d’une folle capacité mnémonique fait face à deux psychiatres qui la mettent en confiance, la soumettent à quelques exercices et tentent de comprendre (en fait, la mémoire passe par des associations immédiates avec des images).

Le spectacle se compose seulement de ces courtes scènes et change de cadre, à la fin, puisque la « malade » accepte de se produire en public et faire la démonstration de ses dons dans un music-hall. Mais le décor ne change pas. Il y a juste une table et des chaises, qu’on décale de quelques centimètres. C’est ça, le génie de Brook : épurer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien et qu’on voie tout. L’actrice anglaise Kathryn Hunter interprète le rôle central avec une présence étrange, fascinante et poignante. De petite taille, maigre, androgyne, elle porte un costume noir, comme rescapée d’un deuil mystérieux. Ses deux partenaires, Marcello Magni et Jared McNeill, jouent plus la normalité et la banalité mais avec un joli don pour la transformation. Les musiciens Raphaël Chambouvet et Toschi Tsuchitori complètent la mise en apesanteur de ces choses graves traduites avec la plus profonde des légèretés. Magnifique retour du maître Brook !

The Valley of Astonishment, « recherche théâtrale » de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, lumières de Philippe Vialatte, surtitrage de Pierre-Heli Monot, avec Kathryn Hunter, Marcello Magni Jared McNeill et les musiciens Rapahël Chambouvet et Toshi Tsuchitori.

Bouffes du Nord, tél. : 01 46 07 34 50, jusqu’au 31 mai. (Durée : 1 h 15).

Photo ©Pascal Victor

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