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Critiques / Théâtre

Tête d’or de Claudel

par Gilles Costaz

Un chef djihadiste

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C’est un Claudel très inattendu qui est arrivé à la Cartoucherie, et qui y prend la place que méritent les œuvres hors normes : le spectacle de Jean-Claude Fall se joue en trois parties dans trois décors différents. L’inattendu vient surtout d’une recréation de la pièce confiée à une équipe malienne ! Fall, dont on sait combien il a compté dans le théâtre public (longs mandats au théâtre de la Bastille, au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et aux Treize-Vents de Montpellier), rêvait depuis longtemps de cette transposition dans un contexte africain. Il a pu la réaliser à Bamako, où le spectacle a surpris et eu un grand retentissement. Ce Claudel était-il un auteur africain pour parler si bien d’un homme avide du pouvoir et attaché à une dangereuse pureté de l’action politique ? En effet, Tête d’or est un jeune homme, mi-poète, mi-chef de clan, qui stimule la résistance là où elle n’existait plus et triomphe d’un ennemi plus puissant que lui. Une fois vainqueur, il se transforme en tyran à l’ambition illimitée. L’échec succèdera à la victoire.
Fall a développé le contexte malien. Arbre mort, terre rouge dans le triple décor de Gérard Didier. Acteurs et actrices en boubous et tuniques, avec des uniformes militaires et des armes pour ceux qui participent à l’action de conquête. Tête d’or est un djihadiste auquel se rallient les désespérés ! Les femmes chantent le retour à une vie de fierté. Les interprètes adoptent cette vision dans une belle passion collective. Ramsès Damarifa incarne un Tête d’or impressionnant, d’une trouble autorité. La soirée a sa logique, son ampleur, sa beauté moderne. Mais il n’est pas certain que tous les claudéliens retrouvent leur Claudel. La langue, le verbe perdent quelque peu de leur éclat, au profit d’une action habilement retranscrite.

Tête d’or de Paul Claudel, mise en scène Jean-Claude Fall, 
dramaturgie de Jean-Louis Sagot-Duvauroux, 
scénographie de Gérard Didier, 
chorégraphie de Gnagamix - Mohamed Coulibaly et Naomi Fall
, lumières de Jean-Claude Fall et Cathy Gracia, avec Ramsès Damarifa,

 Hamadoun Kassogué
 Adama Bakayoko
 Ismael N’Diaye
, Djibril Sangaré
, Diarrah Sanogo
, Nouhoum Cissé, Gaoussou Touré, 
Aïssata Traoré
, N’dji Traoré, 
Tiéblé Traoré
, Mohamed Yanogué.


Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 12 avril. (Durée : 2 h 30).

Photo Frédérick Cussey.

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