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Critiques / Théâtre

Tête à claques

par Dominique Darzacq

Quand les têtes à claques deviennent têtes de turc

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« Notre langage théâtral doit transmettre la réalité dans toute sa brutalité, sans concession ni embellissement » explique l’Atelier Théâtre de la Colline qui œuvre depuis trente ans dans un faubourg de Liège en Belgique. Joignant le geste à la parole, c’est à cru et en marchant délibérément sur les chemins des frères Dardenne qu’il met le doigt sur un phénomène vieux comme la vie en société. Celui qui fait de l’autre le souffre douleur, la tête de turc, la cible des sarcasmes et des quolibets et que trop d’avanies acculent parfois à la violence. Ces têtes là, se rencontrent dans tous les domaines et à tous les échelons, à l’école, au bureau, dans l’entreprise, dans les quartiers, dans les villages et les banlieues. On les dit mal intégrés, on les qualifie de marginaux.

D’ailleurs, c’est ce qu’affirme leur institutrice, « Ils font peur, sont violents, pas intégrés », les jumeaux Piron. Il y a Stef, le suractif et Mika, un peu autiste. Des pas chanceux, mal nés dont le manouvrier de père est lui-même la risée des habitués du bistrot du village. Du reste, le bistrot est parti en fumée le même jour que l’école, celui, justement, où pour le douzième anniversaire des jumeaux, Gina, leur maman, dans un esprit de conciliation, avait convié les habitants à un grand repas, lequel du coup, ne fut pas servi.

Bouleversante chronique de la marginalisation

Douze ans après, Stef, sorti de prison où il fut jeté illico après les incendies, retrouve son jumeau devant la même table conservée intacte par son frère, qui, en l’attendant a fabriqué et entassé une bonne quarantaine de mannequins et poupées comme autant d’effigies exutoires de leur commun calvaire. Etranges et grotesques personnages de chiffon avec lesquels, à travers le récit de leur vie et ses tribulations, ils nous livrent la déchirante chronique de l’exclusion ordinaire.

« Il faut oublier » dit l’un, « non il faut raconter » rétorque l’autre. Ce qu’ils font, dans un ingénieux décor frégoli qui leur permet, en dépit d’un démarrage un peu laborieux, de nous emmener à un train d’enfer, de l’usine au bistrot en passant par l’école et les champs.
Aidés par la subtile animation à vue des villageois et villageoises de Vanessa Lequeux, Quantin Meert et François Sauveur tout à la fois comédiens, clowns, acrobates, musiciens, marionnettistes, mixent habilement engagement et distance et déjouent vite le soupçon de misérabilisme qui pourrait rôder. De la drôlerie au pathétique, ils donnent tout leur poids de bouleversante humanité à ces têtes à claques, placées sous les auspices de l’art brut, avec ce qu’il charrie de naïveté, d’excès, de fulgurance, de poésie et d’émotion.

Tête à claques , texte et mise en scène Jean Lambert avec Quantin Meert, François Sauveur et Vanessa Lequeux. Marionnettes : Dominique Renard,

Tout public à partir de 9 ans 1h. jusqu’au 15 avril 10h, 14h30, 19h30 selon les jours
Le Tarmarc 01 43 64 80 80

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