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Critiques / Théâtre

Tartuffe de Molière

par Corinne Denailles

Une mise en scène qui manque de grâce

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Dans un sens, on peut considérer que, de spectacle en spectacle, Michel Fau affirme son style, défend une esthétique théâtrale bien à lui qui conjugue baroque et expressionnisme sans crainte d’en exacerber les partis pris. Mais, d’un autre point de vue, on pourrait lui reprocher de passer tous les textes qu’il met en scène, de Guitry à Ibsen en passant par Roussin, au filtre d’une lecture univoque dangereusement simplificatrice qui lui réussit plus ou moins bien selon les cas. Sa mise en scène de Tartuffe n’échappe pas à la contradiction, dans le droit fil de sa lecture du Misanthrope, l’humour en moins.
La mise en scène a été conçue autour de Michel Bouquet, toujours heureux d’être en scène, dont le grand âge ne lui permet plus d’exprimer l’immensité de son talent ni de se plier aux exigences concrètes du texte. Pour pallier l’impossibilité de se glisser sous la table dans la scène clé du témoin caché au cours de laquelle l’imposteur est enfin démasqué sous Tartuffe, le décorateur a imaginé un dispositif pas très heureux qui alourdit la scène. De ce fait, les comédiens, très contraints, n’ont aucune latitude de jeu et la scène perd toute sa force.


Les comédiens sont engoncés dans les costumes de Christian Lacroix. La pauvre Nicole Calfan, Elmire, est dotée d’une tenue raide de fade brocard, Christine Murillo, Dorine, respire à peine sous l’empilement de tissus variés ; on passera sur les guirlandes de feuilles qui entrelacent les tresses de Justine Bachelet, Mariane, et sur le costume d’Alexandre Ruby, Damis, qui ainsi ressemble curieusement à Francis Lalanne avec sa chemise blanche débraillée, ses bijoux et ses hautes bottes cavalières. Michel Fau, Tartuffe, se drape théâtralement dans une sorte de kimono rouge façon chasuble ecclésiastique assez vilain.
Au sein d’une distribution inégale, Christine Murillo tire brillamment son épingle du jeu dans le rôle de Dorine ; chicaneuse, sanguine, impertinente avec gourmandise, l’œil qui frise quand elle jubile de ses réparties bien senties, généreuse et maternelle pour aider les amoureux, elle déploie les couleurs d’une belle palette d’émotions et de sentiments et donne du tonus à ses scènes. Nicole Calfan est d’une grande justesse dans le rôle d’Elmire, dont le jeu un peu décalé, donne un joli contrepoint à l’agitation générale ; Aurélien Gabrielli, Valère, fait une entrée remarquée très comique sur sa monture de carton d’où il chute comme frappé par la foudre devant sa Mariane qu’il ne comprend plus. Juliette Carré tient bien son rôle d’irascible et têtue madame Pernelle. Quand à Michel Fau, il fait du Michel Fau quand on aimerait bien qu’il fasse du Molière.
Ce Tartuffe qui manque singulièrement de point de vue n’est pas des meilleurs que l’on a pu voir. Michel Fau semble plus à son aise pour déployer ses talents avec Barillet et Grédy (Fleur de cactus) ou André Roussin (Un amour qui ne finit pas).

Tartuffe de Molière. Mise en scène Michel Fau. Avec Michel Bouquet, Michel Fau, Nicole Calfan, Juliette Carré, Christine Murillo, Justine Bachelet, Georges Bécot, Bruno Blairet, Dimitri Viau, Aurélien Gabrielli, Alexandre Ruby . Costumes Christian Lacroix. Décors Emmanuel Charles. Lumières Joël Fabing.
Au théâtre de la porte saint Martin jusqu’au 31 décembre 2017, du mardi au samedi à 20h, samedi à 20h30. Durée : 2h20. Résa : 01 42 08 00 32

photo Marcel Hartmann

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