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Critiques / Théâtre

Stupeur et Tremblements d’Amélie Nothomb

par Gilles Costaz

Voyage en Orient

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Stupeur et Tremblements est un roman écrit à la première personne. Layla Metssitane pouvait donc tirer naturellement un spectacle du texte d’Amélie Nothomb sur ses années japonaises. Engagée comme interprète par la compagnie Yumimoto, la jeune Amélie n’effectua pas une carrière sage et discrète, mais emprunta rapidement une courbe descendante, sous la poussée et les décisions d’une supérieure hiérarchique intraitable. Une certaine Melle Fubuki n’eut de cesse de répercuter sadiquement sur sa subalterne les humiliations inhérentes au fonctionnement pyramidal et au caractère misogyne de la société nipponne. C’est un texte fort amusant, plus primesautier que profond dans sa vision du Japon mais a les triples vertus de son humour, de sa vérité et de son témoignage sur la condition féminine.
Layla Metssitane s’en empare en se plaçant du côté des femmes, et en reliant le statut qu’elles ont dans ce pays d’Orient à leur place dans le monde arabo-musulman (dont l’actrice est issue). Aussi apparaît-elle en niqab, la tête et le corps totalement dissimulés par les voiles noirs ! Tout en disant le texte, elle retire la coiffe et la tunique peu à peu, pour apparaître vêtue d’une combinaison claire et se maquiller à la japonaise – son visage devient entièrement blanc, comme si elle était une actrice de kabuki -. Une fois masquée par le fard, elle figure à la fois la narratrice et les personnages qui interviennent – la féroce Melle Fubuki et les supérieurs hiérarchiques.
Ce spectacle a fait ses preuves, puisque Layla Metssitane, avec le soutien des organismes culturels français de l’étranger, l’a déjà interprété dans 17 pays, avant de l’amener au Poche-Montparnasse. Avouons que, pour notre part, la relation entre l’oppression de la femme au Japon et celle qui peut intervenir dans le monde islamique paraît un peu artificielle. Du moins mériterait-elle d’être explorée d’une manière plus élaborée. Ici, c’est juste un signe, une suggestion, un parallèle esquissé. Mais, à partir de cette idée d’un enfermement par le vêtement (d’un côté) et par l’échelon social (de l’autre), Layla Metssitane réussit un très beau spectacle plastique et gestuel. Si elle avait reçu l’aide d’un metteur en scène, elle serait allée sans doute encore plus loin dans cette parade de la femme orientale moderne. Mais, tel qu’il est, le jeu est souvent remarquable, d’autant plus qu’il saute habilement du symbolique au comique. Layla Metssitane a su se servir du rituel du théâtre pour dénoncer le comportement rituel de la femme à la fois infériorisée et dotée d’autorité. C’est de la belle ouvrage, d’une irrésistible drôlerie.

Stupeur et Tremblements d’Amélie Nothomb, adaptation, mise en scène et interprétation de Layla Metssitane. Lumière de Philippe Groggia.

Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 26 octobre. (Durée : 1 h 20).

Photo Sandra Schmidt

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