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Critiques / Théâtre

Sopro de Tiago Rodrigues

par Corinne Denailles

Un pur moment de grâce

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Le projet de ce spectacle remonte à 2010 quand Tiago Rodrigues, alors artiste invité au Théâtre national de Lisbonne qu’il dirige maintenant, a fait la connaissance de Cristina Vidal, souffleuse depuis plusieurs dizaines d’années, représentante de ce métier de l’ombre en voie de disparition. Il a construit une réflexion poétique autour de la figure du souffleur qui n’emprunte pas grand-chose à la vie de Cristina Vidal qu’il réinvente. Dans le beau cadre lumineux d’un théâtre en ruines où poussent des herbes folles entre les lattes de bois disjointes du plateau, avec pour seul vestige du passé, une méridienne rouge, il met en scène Cristina Vidal elle-même, l’ayant convaincue de révéler sa présence en pleine lumière. Au début et à la fin du spectacle, elle arpente la scène d’une démarche un peu gauche, le regard parfois sévère, très concentrée sur son gros cahier noir où elle a consigné tous les trous de mémoire des comédiens. Vêtue de noir, elle murmure dans leur dos, échappant aux projecteurs, les fragments de pièces du répertoire dont elle est la gardienne. Car le souffleur c’est l’âme du théâtre, son souffle (« sopro »), ses poumons. Il insuffle la vie au comédien quand le texte fait défaut, il le remet sur les rails quand il s’en écarte trop.
Le fil rouge du spectacle en est l’élaboration même par un metteur en scène en complicité avec les comédiens, tous n’étant peut-être que les fantômes du passé, de l’époque où il y avait encore des théâtres. Mais les lieux culturels pourraient bien disparaître, le théâtre n’en disparaîtrait pas pour autant, obstinément présent dans la rue, sur les places ou clandestin.

A partir d’un sujet apparemment ténu, de menues notations, Tiago Rodrigues tisse une rêverie éveillée, essence du théâtre, qui rejoint partiellement la thématique de By heart qui nous rappelait que notre mémoire est la seule chose inaliénable qui nous possédons. La question de l’état du théâtre et de son avenir rôde. Avec d’infinies précautions, il s’approche au plus près de l’humain, de l’expérience sensible, transcendant la trivialité du réel en empruntant le détour de la rêverie poétique, parfois de l’humour, pour un hommage délicat et émouvant au théâtre et à ceux qui le font.

Sopro, texte et mise en scène Tiago Rodrigues. Scénographie et lumière, Thomas Walgrave ; son, Pedro Costa ; costumes, Aldina Jesus. Avec Isabel Abreu, Beatriz Brás, Sofia Dias, Vitor Roriz, Joāo Pedro Vaz, Cristina Vidal. Durée : 1h45.

En 2018 à Toulouse (TNT) et à Paris ( théâtre de la Bastille).

Photo Christophe Raynaud De Lage

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