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Critiques / Théâtre

Sirènes de Pauline Bureau

par Gilles Costaz

Spirale de la souffrance

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Dans une petite maison du Havre, une femme et sa fille attendent le mari et père, un capitaine au long cours. Il ne revient pas, il est parti avec une autre. En région parisienne, une jeune femme très angoissée réussit son oral d’HEC malgré un blocage soudain qui lui retire l’usage de la parole pendant deux ou trois minutes, s’apprête à avoir un enfant et apprend la nouvelle de la mort de son père qui avait totalement disparu de sa vie. A Shangai, un homme fait des affaires, après avoir coupé les ponts avec sa famille, et s’entoure de filles jolies et faciles. A Paris (à moins que ce soit ailleurs), une chanteuse perd sa voix et rencontre régulièrement un psy pour la retrouver, en attendant de rencontrer un homme à son goût... Ces séquences et toutes les scènes qui interviennent aux différents points d’un décor qui se modifie selon les lieux où se passe l’action ne se déroulent pas dans le même temps. La pièce voyage entre 1966 et 2013 et pratique sans cesse l’aller et retour dans le temps. Peu à peu, les histoires se répondent et se recollent. On nous a raconté le passé et le futur des uns et des autres, de telle sorte que la chronique des individus et surtout d’une famille née de ce navigateur parti au loin se remet debout et que ces mini-tragédies courent ensemble vers des dénouements où l’angoisse recule face à la joie, la réconciliation et la paix.
On ne retrouve pas tout à fait la Pauline Bureau de Modèles, cette formidable pièce sur les femmes dans nos trompeuses sociétés libérales. Pauline Bureau, qui est une grande figure du nouveau théâtre, est là dans la fiction, l’épaisseur romanesque, bien qu’elle ait travaillé, avec ses acteurs, autour de documents et à partir d’enquêtes. La forme du puzzle manque sans doute un peu de clarté, demande au spectateur des efforts un peu inutiles. Mais le style est le même, c’est-à-dire une merveilleuse liberté qui se moque du récit traditionnel, renouvelle sans cesse notre champ de vision, bondit d’une vérité intime à une autre, casse et dans le même temps accélère le rythme par du rock et des chansons. Les acteurs sont d’une extraordinaire pâte humaine. Ils traduisent subtilement les douleurs et les névroses de leur personnages, distants et proches à la fois. Le rire a sa place dans cette spirale théâtrale de la souffrance. On connaît peu d’auteurs-metteurs en scène de cette nouvelle génération qui ait cet œil juste et tendre sur la vie personnelle de nos contemporains et qui composent des tableaux scéniques avec ce dédain heureux et inventif des conventions.

Sirènes de Pauline Bureau – texte écrit en collaboration avec l’équipe du spectacle - , mise en scène de l’auteur, dramaturgie de Benoîte Bureau, scénographie d’Emmanuelle Roy, lumière de Jean-Luc Chanonat, collaboration artistique et vidéo de Gaëlle Hausermann, musique et son de Vincent Hulot, costumes d’Alice Touvet, avec Philippe Awat, Yann Burlot, Nicolas Chupin, Vincent Hulot, Géraldine Martineau, Marie Nicolle, Anne Rotger (en alternance avec Rachel Arditi, 26-29/11), Catherine Vinatier.

Théâtre du Rond-Point, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 6 décembre. Reprises en mars : 17, Cesson-Sévigné ; 21, Elancourt ; 27, Chevilly-Larue. Texte chez Actes-Sud Papiers. (Durée : 2 h).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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