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Critiques / Rue & Cirque

Si tu ne m’aimes plus, je me jetterai par la fenêtre de la caravane

par Gilles Costaz

Les gitans et surtout les gitanes du cirque Romanès

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Le spectacle du cirque Romanès aura-t-il lieu ? En ouvrant la séance, Alexandre Romanès laisse entendre qu’il n’y aura peut-être pas de spectacle, peut-être pas de cirque. Comment avoir confiance dans les tziganes, ce peuple si mal-aimé à travers le monde ? Alexandre Romanès se paye notre tête, évidemment. C’est un écrivain, un poète, un ancien ami de Jean Genet. Il sait se servir des mots pour être également sincère et roublard. Aussi fait-il durer le plaisir : il cite des mots qui définissent l’âme tzigane, s’amuse de leur drôlerie affectueuse, mais ne fait entrer personne en. Puis le spectacle a bien lieu ! Tout commence sur une piste qui n’est même pas dessinée au bas des gradins. Juste un espace que ne ferme aucun cercle. Les musiciens se mettent en ligne devant le rideau qui tient lieu de frontière entre le monde visible et le monde invisible (d’étroites coulisses, sans doute). Les artistes se placent devant les musiciens qui entament leur musique effrénée – elle sera endiablée de la première à la dernière minute. Qui va commencer ? Cela ne semble pas préparé. La famille intercale ses anciens et ses enfants ici et là, comme dans une cohue. La tribu se retrouve et ce pourrait n’être que cela pour nous public, le plaisir de voir des gitans se regroupant pour se lancer des mots d’amour et des défis. Le cirque Romanès, ce sont des artistes qui jaillissent comme on se met à danser dans une fête, sans que cela paraisse tout à fait prémédité et cadré. D’ailleurs, ce sont tous des danseurs : les jambes sautent, les talons claquent, les jupons volent, les voix font des pointes. Voilà d’abord un jongleur qui jette et reprend balles et cerceaux avec l’élégance d’un forain déguisé en bourgeois, puis un artiste plus jeune se balade sur un monocycle... Mais, bientôt, on ne verra plus guère que les artistes femmes. Les cinq filles d’Alexandre et Délia Romanès sont les cinq étoiles du chapiteau. Leurs prénoms sont à peine prononcés : la famille compte plus que les individus. Cependant, parmi ce quintet de jeunes femmes altières, il y en a deux qu’on apprécie plus encore : celle qui jongle avec ses pieds autant qu’avec ses mains et dont les regards ironiques sont de véritables dialogues muets avec le public, celle qui tombe la robe tzigane aux multiples volants et, en tailleur noir, chute comme une pierre depuis le sommet d’une corde ou le long d’un mât. Leurs sœurs ne sont pas privées de dons, pour autant. Ce sont des flammes et les petites-filles mêlées aux adules déjà des flammèches. Alexandre le père reste sur les côtés, il observe, il dira quelques derniers mots à la fin. Délia la mère apparaît et disparaît ; elle chante, elle est la principale voix de la soirée, avec une folle tendresse dans l’interprétation de chants venant souvent du fond des âges.
Le beau tourbillon du spectacle passé, on peut acheter un beignet, ou bien un livre d’Alexandre. On peut jeter un œil sur la file de basses caravanes vertes, un peu fatiguées, où tout ce beau monde vit. On repart avec un peu d’âme tzigane dans la sienne. Aucun artiste n’a donné l’impression de se prendre au sérieux, mais bien des numéros étaient de haut niveau. C’est le génie tzigane qui parade, pas les acrobates. La petite fille d’un an et demi, qui avait échappé à ses parents et s’était glissée sur la piste pendant le numéro de la jongleuse aux pieds agiles ,ne s’est pas fait gronder. Elle avait couru vers une fée comme elle n’en avait jamais vu. Elle avait été fascinée, comme nous tous.

Si tu ne m’aimes plus, je me jetterai par la fenêtre de la caravane, Chapiteau Cirque Tzigane Romanes
au Square Parodi, entrée en face du 31 Bd de l’Amiral-Bruix
Porte Maillot - Paris (16e), tél. : 01 40 09 24 20 / 06 99 19 49 59. (Durée : 1 h 25).
Le TCHIRICLIF – Centre Artistique Tzigane – ouvrira ses portes à Paris dans le campement tzigane des Romanès les vendredi 12 mai, samedi 13 mai et samedi 19 mai. Des spectacles de grandes troupes gitanes européennes – mêlant généralement le théâtre et la danse – auront lieu ces trois jours-là.
Le nouveau livre d’Alexandre Romanès, Les corbeaux sont les Gitans du ciel, a paru aux éditions L’Archipel.

Photo DR.

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