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Critiques / Théâtre

Si loin, si proche d’Abdelwaheb Sefsaf

par Gilles Costaz

Le chant d’un homme aimant

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Le groupe Aligator et la Compagnie nomade, basés à Saint-Etienne, revendiquent l’étiquette de théâtre musical. Ils sont parfois inscrits, dans les programmations sous les références « concert » et « world électro ». Mais il y a, avant tout, à leur tête, un auteur, un poète, qui sait tout faire, puisqu’il joue et chante son texte, Abdelwaheb Sefsaf. Cette fois, dans Si loin, si proche, la scène est encombrée de valises, une sculpture de métal dont la coquille se coupe en deux parties, une nuée de ballons de baudruche occupent l’espace. C’est d’un voyage que nous parle Sefsaf, mais pas d’un voyage d’agrément : le retour d’une famille et de leurs amis vers la maison abandonnée en Algérie. Ils habitent tous en France, natifs de là-bas, descendants nés en France, mais, pour le mariage du frère, ils partent tous là-bas. Et c’est une épopée : l’épopée difficile des pauvres qui mettent sur pied une estaffette Renault fatiguée et une Peugeot 403 pas très jeune pour gagner Oran en passant par l’Espagne. Pas de quoi se loger et à peine de quoi se nourrir quand une pièce de l’estafette craque et qu’il faut attendre son remplacement une semaine dans la touffeur de l’Espagne. Mais ils arriveront au mariage, du moins à la fête, car les deux fiancés se sépareront avant la cérémonie !
Chez Sefsaf, tout est parole et chant d’homme aimant. A l’intérieur de ce contexte très difficile de l’immigration et de l’intégration, lui ne dit que l’art d’aimer. Il témoigne de difficultés et d’injustices, mais tout mène à la joie. D’ailleurs, à la fin de la soirée, la danse possède chacun, les interprètes et le public. Quand Sefsaf passe à Paris, on le voit à la Maison des Métallos. Mais il reste peu connu. Il représente une discipline un peu inclassable : le théâtre world electro ! Cette catégorie ne fait pour le moment pas florès chez le experts de la Culture. Mais le public l’adopte dans le bonheur. Ce qui compte avant tout, c’est qu’un écrivain, qui ne peut s’exprimer sans s’escorter de musiciens et sans additionner le verbe le plus écrit et la musique la plus mêlée de styles orientaux et occidentaux, fasse ainsi passer sa pleine sensibilité. Il dit se servir d’un « folklore du futur », tant il incarne ces populations riches de tant d’origines et de métissages. Mais il ne cherche pas à témoigner, à prendre parti. Il chante sa vie et la vie des siens, avec une âme vibrante dans la beauté des mots.

Si loin, si proche, texte d’Abdelwaheb Sefsaf, mise en scèe d’Abdelwaheb Sefsaf et Marion Guerrero, lumières et vidéo d’Alexandre Juzdzewski, avec le groupe Aligator : Abdelwaheb Sefsaf, Georges Baux, Nestor Kéa.

Après la création au théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, tournée l’an prochain (Maison de la Culture, Firminy, 27 avril…).

Photo DR.

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