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Satie à rebours

par Olivier Olgan

Le 17 mai sera l’anniversaire de naissance d’Erik Satie. Pourquoi une si discrète commémoration ?

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Le personnage ironique et provocateur qu’Erik Satie a su créer a longtemps pris le pas sur l’œuvre du compositeur. Livres, édition discographique intégrale et interprètes comme Jean-Pierre Armengaud tentent de dissiper les malentendus pour en souligner la modernité.

« Satie, un talent mineur et inexistant. » Au-delà de la tombe, Pierre Boulez garde une violence constante, déjà exprimée dans son pamphlet « Chien flasque » dés 1952 contre le musicien d’Arcueil comme en témoigne ses derniers « Entretiens avec Michel Archambault » parus chez Folio-essai le 2 mars 2016 deux mois après sa disparition : « C’est l’éternel réhabilité alors qu’il n’a vraiment rien à réhabiliter chez lui, même dans les œuvres qui ont peut-être influencées Debussy ou Ravel, comme Les Gymnopédies. »

N’en déplaise au fondateur de l’Ircam, Satie l’ami des surréalistes et des avant-gardistes laisse une œuvre pianistique, mélodique et dramatique, à la fois épurée et fantasque dont beaucoup de compositeurs du XXème siècle se sont revendiqués et qui ne cesse de susciter fascination ou indignation, ce qui explique peut-être la discrétion de la commémoration de son 150 anniversaire de naissance.

Une radicalité encore intacte pour les ‘esprits pions’.
Ne soyons donc pas surpris qu’au cours du conseil municipal d’Arcueil du 31 mars dernier, un conseiller FN s’est refusé à toute subvention dédiée aux festivités commémoratives pour le héraut de la ville, qualifié pêle-mêle de « médiocre », d’« alcoolique », d’« hypocrite », « illuminé »…. Le compositeur, « contempteur des esprits ‘pions’ » aurait sans doute savouré cette tension publique, lui l’ironiste, qui s’ingéniait à brouiller les pistes sur sa vie, il était « demi-mondain » selon son propre assertion, entre provocation et extrême discrétion, au point que le personnage et ses frasques étouffent encore la radicalité de ses compositions telles que Sonatine bureaucratique, Choral inappétissant, Choral hypocrite, Messe des Pauvres ou Parade (dont le rideau de scène est exposé au Châtelet jusqu’au 15 mai*) … L’humour des titres sert ici de dissolvant à tout esprit de sérieux, à tout tentative d’explication, ouvrant un espace pour aller plus loin, pour ouvrir d’autres portes.

« La musique de Satie laisse l’auditeur libre de choisir son chemin. Le compositeur disparait derrière une œuvre transparente, par sa simplification même  » : Romaric Gergorin dans un court essai (176 pages) dense et passionnant, édité début mars chez Actes Sud/Classica, ne se laisse pas prendre dans les pièges des anecdotes ou des saillies plus ou moins drolatiques : « Satie cherche avant tout à faire sortir la musique du cadre dont elle est issue. » Sa réussite est de décortiquer – dans une langue claire - ce qui fait la modernité d’ « une œuvre à rebours de notre temps » et d’un artiste qui a fait " de sa vie une œuvre d’art aussi insaisissable que sa musique est limpide, l’un n’expliquant pas l’autre, ni inversement".

C’est bien d’ « une sortie de l’histoire de la musique, un point de rupture sans retour » qu’a opéré le compositeur – apprécié des Dadaïstes comme des surréalistes - « devenu un mythe errant, sans identité propre » dont se sont réclamés des musiciens aussi différents que Morton Feldman (« Debussy, c’est un univers, Satie, c’est l’univers »), John Cage, Kagel, le courant Fluxus et plus récemment Marc Monnet, François Sarban, …. « Satie a fait évoluer l’auditeur, insiste Gergorin, avec toujours un temps d’avance sur sa musique. Mais face à sa postérité, Satie avant prévenu : je ne crois pas être un maitre : c’est trop ridicule. »

« Satie est un orfèvre de son, pas un grammairien.
Il tourne à la révolution du langage pour préparer celle du son et de sa nouvelle écoute. » Pour aller plus loin dans l’analyse et dans l’écoute, il faut se reporter à la somme parue chez Fayard en 2009 de l’historien et musicien, Jean-Pierre Armengaud (auteur d’un intégrale de l’œuvre en quatre mains (Bayard-Musique 2011) qui propose aussi une série de concerts sur L’esprit Satie à partir du 14 mai* : « N’oublions jamais que la musique de Satie est faite pour prendre à contrepied l’auditeur et l’analyste. (…) Le style de Satie est kaléidoscopique mais lorsque que le kaléidoscope tourne bien une dominante s’affirme : l’inspiration mystique, le style vertical, contrapuntique, le rythme de danse contemplative. (…) La vraie grandeur du message qui n’est pas de créer des formes consacrées mais, un geste à la fois nihiliste et esthétique fondamental en remettant les compteurs à zéro. »

«  Jouer sa musique est bouleversant .  » pour le pianiste Alexandre Tharaud et « doit demeurer inexpliquable. » selon Henri Sauguet. A coté des musicologues, les interprètes ont eux aussi contribué à ce changement de focal sur Satie. Ils se retrouvent pour la plupart dans ce coffret ‘Tout Satie’ (10 cd édité par Warner) qui s’appuie entre autres sur : Aldo Ciccolini, Gabriel Tacchino, Dominique Mesplé, Jean-Pierre Armengaud et Alexandre Tharaud. Ce dernier déclarait à l’occasion de son cd programme «  Avant dernières pensées » (Harmonia Mundi) : « Comprendre Satie signifie avoir un autre rapport au temps. Hors du monde, Satie nous livre une confidence par le piano et nous sommes au plus près de son œuvre. C’est aussi l’une des musiques les plus difficiles. Quand on croit l’attraper, elle est déjà ailleurs. »

"Il est, synthétise brillamment Gergorin le premier musicien à considérer la musique de manière extra-musicale, faisant de son œuvre une manière spirituelle destinée à chaque auditeur à qui elle confie un secret à découvrir dans la solitude de l’écoute intérieure plus qu’un concert où elle ne révèle pas toute sa magie opérante".

C’est le défi que relèvent les interprètes au concert, et ils sont peu nombreux, ce qui rend la démarche de Jean Pierre Armengaud – après sa biographie de référence – indispensable.

Jean Pierre Armengaud joue « L’Esprit-Satie » - Ren. et Résa. : ladivenote gmail.com
• Samedi 14 mai – 20h Reid Hall - 4 rue de Chevreuse - 75006 Paris (métro Vavin) (vente et retrait des billets le soir du concert à partir de 19h)
• mardi 17 mai 2016 – Honfleur (ville natale du compositeur) 19h - Cinéma de Honfleur
• dimanche 17 juillet 2016 – Varangeville 17h - Domaine du Bois des Moutiers (Grand Salon)

Au programme :
- Gymnopédie n°1
- Mercure, ballet, version pour piano – extraits Pièce en première audition
- Prélude d’Eginhard
- Embryons desséchés : I. d’Holoturie, II. d’Edriophtalma, III. de Podophthalma
- Gnossienne n°1, 2, 3
- L’enfance de Ko-Ko (pièce récemment retrouvée) : Ne bois pas ton chocolat avec tes doigts, Ne souffle pas dans tes oreilles, Ne mets pas ta tête sous ton bras
- Sonatine bureaucratique : Allegro, Andante, Vivache
- Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes) : Choral hypocrite, Fugue à tâtons, Fantaisie musculaire
- Sports et Divertissements : Choral inappétissant, La Balançoire, La Chasse, Comédie Italienne, Le Réveil de la Mariée, Colin-Maillard, La Pêche, Le Yachting, Le Bain de Mer, Le Carnaval, Le Golf, La Pieuvre, Les Courses.

Le rideau de scène de Picasso pour Parade est exposé sur la scène du Châtelet jusqu’ au 15 mai (accès libre) Chef-d’œuvre des collections du Centre Pompidou, à la fois fragile et monumental, ce rideau n’est que très rarement exposé. Un siècle après sa commande par Diaghilev pour les Ballets Russes, Parade fut créé sur la scène du Châtelet le 18 mai 1917. Véritable scène figurative où sont représentés les protagonistes de l’œuvre autour du thème de la commedia dell’arte, le rideau de Parade est la plus grande œuvre réalisée par Picasso (10,50m sur 16,40m soit plus de 170 m2 ).
Accès libre les vendredi 13 et samedi 14 mai de 10h à 21h et le Dimanche 15 mai de 10h à 18h

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