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Critiques / Théâtre

Sarabande d’Ingmar Bergman

par Gilles Costaz

Sonate d’hiver

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Replié loin du monde, arrivé dans l’hiver de la vie, le vieux Johan reçoit la visite de sa deuxième épouse, Marianne, qu’il n’a pas vue depuis des années. Le misanthrope accueille sans déplaisir son amie mais se montre intraitable à l’égard de son fils, Henrik, avec lequel il est ouvertement en guerre. Entre eux y a-t-il une rivalité de musiciens ? Le premier a été un grand chef demandé par les principaux orchestres européens, le second forme sa fille qui se consacre elle aussi à la musique. Plus que la musique, c’est la jeune fille, Karin, elle-même qui divise les deux hommes. Et aussi le souvenir d’Anne, l’épouse de Henrik disparue. Chacun voudrait garder Karin pour lui-même, et l’attitude d’Heinrick n’est pas exempte d’amour incestueux. Karin saura échapper à cette double emprise.

Bergman a tiré de ce scénario un film de télévision, en 2003. Jean-Claude Amyl en tire une pièce qu’il considère comme « l’œuvre testamentaire » du cinéaste. Il n’a pas voulu conserver l’esthétique du film, bien qu’il utilise des écrans translucides qui fragmentent l’espace, modifient la vision, la brouillent ou la recadrent et où s’inscrivent parfois des images, comme le beau visage de Liv Ullmann. L’action se répartit sur différents points du plateau, avec un rôle central donné au lit (mais est-ce une surprise ?) La soirée est baignée de musique, mais l’interprétation des acteurs est sans doute aussi musicale. On apprécie surtout que les quatre acteurs ne recherchent pas une sorte de style bergmanien. Ils sont, au contraire, différents, originaux, sans stéréotypes.

Pierre Constant incarne le père intraitable avec une certaine joie de la férocité mais aussi beaucoup de mystère, ce qui contribue fortement à l’ambiguïté des relations entre les quatre personnages. Annie Sinigaglia trouve là une profondeur, une émotion secrète, opposées au répertoire le plus souvent fantaisiste qu’elle avait joué (si bien) jusque là. Fabrice Ebrerhard donne une belle clarté au rôle du fils, une allégresse trouble tout à fait saisissante. Alice de Lencquesaing est une jeune comédienne qui ira loin : elle est toute de délicatesse et de sensibilité. Splendide sonate d’hiver dont la belle mise en scène est toute en pointes d’épingle !


Sarabande
d’Ingmar Bergman, traduction de Jean-Claude Amyl avec le concours de Katia Haarla, mise en scène de Jean-Claude Amyl, décor de Jean-Pierre Schneider, lumières de Benjamin Nesne, conception numérique de Pierre-Albert Eberhard et Emilien Grèzes, conseiller musical Yvan Chiffoleau, avec Annie Sinigaglia, Pierre Constant, Alice de Lencquesaing et Fabrice Eberhard. Lucernaire, 21 h 30, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 24 février. (Durée : 2 h).

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