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Critiques / Théâtre

Rumeur et petits jours, par le Raoul Collectif

par Jean Chollet

Le rire en résistance

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Fondé en 2009 par cinq comédiens belges issus du Conservatoire de Liège, assumant tout le processus de réalisation et de production d’un spectacle, ce collectif a connu un beau succès dès sa première création en 2012 avec “ Le Signal du promeneur ” (primé au Festival Impatience), qui témoignait de leurs préoccupations sociétales et environnementales sous une forme théâtrale décomplexée, tonique et ludique. Pour ce nouvel opus, le Raoul Collectif invite à assister à la 367ème émission radiophonique culturelle “Epigraphe ”, dans un studio à l’équipement daté d’une quarantaine d’années. Ce sera la dernière de cette longue série, puisque les instances dirigeantes de la station viennent de mettre un terme à sa programmation, au grand dam de ses cinq chroniqueurs. Dans ce contexte plombé, s’engagent de nombreuses problématiques, abordées par le biais de différentes situations plus ou moins insolites. La coexistence d’une vache et d’un cheval dans un pré exigu, les présentations photographiques (pour les chers auditeurs ?) d’espèces animales rares en voie de disparition, la relation au soleil source de vie dans les pas de Henri Michaux, la référence à la Société du Mont Pèlerin qui réunissait en 1947 d’éminents partisans des valeurs libérales, une possible privatisation fluviale, les réponses aux commentaires reçus en direct par télex, qui amorcent, entre autres, des questionnements politiques, économiques et sociologiques sous jacents dans l’air du temps, et provoquent les désaccords ou les affrontements des animateurs, bientôt confrontés à une interrogation essentielle, à savoir si une décision collective peut être le fruit d’une prise de position individuelle. Un sujet au coeur des débats, clôturés, avant une scène visuelle métaphorique d’un désert sablonneux , par l’apparition cocasse de l’un des comédiens sous les traits de Tina, acronyme de la célèbre expression de Margaret Thatcher, apôtre du libéralisme, “ There is no alternative ”. Ponctuées de plages musicales et d’incidents techniques farfelus, les différentes séquences, comportant ça et là quelques étirements superflus, s’enchaînent en portant un humour espiègle et loufoque aux frontières de l’absurde, en provoquant des rires libérateurs. Car à défaut de s’inscrire “ stricto sensu ” dans une démarche militante, le ” Raoul ”, pose de bonnes questions, incite à la réflexion, et a choisi le rire comme moyen d’auto-défense face aux menaces d’ une idéologie dominante. Par les temps qui courent, pas de quoi s’en plaindre.

crédit photo © Céline Chariot

Rumeur et petits jours , de et avec Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot. Scénographie, Valentin Périlleux, costumes, Natacha Belova, lumières et régie générale, Philippe Orivel, son, Julien Courroye. Durée : 1 heure 40.
Théâtre de la Bastille jusqu’au 25 novembre 2016. En tournée jusqu’en avril 2017, à Genève, Chatillon, Cherbourg, Liège et Namur.

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