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Critiques / Théâtre

Rosmersholm d’Ibsen

par Gilles Costaz

Les Chercheurs d’absolu

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Pas simple de monter Rosmersholm, où Ibsen entremêle le tableau social et les grands débats philosophiques et poétiques. Mais Julie Timmerman a bien raison de s’y intéresser, après Stéphane Braunschweig, car c’est l’une des pièces les plus aiguës et resserrées de l’auteur. Dans la ville de Rosmersholm, un ancien pasteur et une jeune garde-malade sont unis par l’amour et par une recherche spirituelle liée au courant révolutionnaire qui agite l’Europe au cours des années 1880 ( Rosmersholm a été publié en 1886). Ils deviennent vite scandaleux. Les conservateurs font pression sur eux, multiplient les rumeurs. Le couple, fou d’absolu, ne pourra supporter la cruauté de la vie réelle.

Julie Timmerman place l’action dans un cadre moderne et ancien à la fois : galeries de portraits d’époque sur les côtés, long écran en fond de scène où apparaît surtout l’image filmée de chevaux blancs, qui renvoient à une vie animale, mystérieuse et libre. Les personnages portent quelques traces d’aujourd’hui sur leur costume mais ce sont juste de furtifs rapprochements. On est en pleine fin du XIXe siècle, au cœur de relations corsetées où l’être humain tente d’aller au-delà des discours puritains (l’affirmation de la vertu cachant des comportements tranquillement immoraux). Xavier de Guillebon incarne l’ancien pasteur avec un juste sens de la flamme et de la braise. Julie Timmerman joue son amie d’une manière vibrante et secrètement passionnelle. Marc Brunet, dans le rôle du terrible Kroll, donne à son personnage la force inquiétante d’un être qui représente tout le conformisme culturel d’une société. Marc Berman, Dominique Jayr et Philippe Risler dessinent fort bien également ce monde austère et mensonger.

Il y a, dans ce spectacle de Julie Timmerman, un sens rare de la vie individuelle et de la vie sociale, une mise en perspective quasi entomologique doublée d’un envol spirituel et esthétique. Les derniers spectacles tirés d’œuvres d’Ibsen que l’on a pu voir ce temps-ci, Le Canard sauvage par Stéphane Braunschweig, Un ennemi du peuple par Thomas Ostermeier, étaient plus spectaculaires, mais ce Rosmersholm est le plus exact, le plus renouvelé. On ne peut imaginer qu’il ne soit pas rapidement repris sur une scène importante.

Rosmersholm d’Ibsen, texte français d’Eloi Recoing, mise en scène de Julie Timmerman, dramaturgie de Pauline Thimonnier, scénographie de Clémence Kazémi, lumière de Philippe Zazerat, vidéo de Nelly Massera, musique de Vincent Artaud, costumes de Dominique Rocher, avec Marc Berman, Marc Brunet, Xavier de Guillebon, Dominique Jayr, Philipe Risler, Julie Timmerman. (durée 2h30)

En tournée  : Fontenay-en-scènes, les 6 et 7 mars, tél. : 01 71 33 53 35. Vitry, Gare-au-théâtre, du 12 au 15 mars, tél. : 01 55 53 22 26.

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