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Critiques / Théâtre

Roméo et Juliette de William Shakespeare

par Marie-Laure Atinault

Et tout Paris pour Juliette a les yeux de Roméo !

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Roméo aime Juliette. Juliette aime Roméo. Ils sont beaux, jeunes et riches. Mais Juliette est Capulet et Roméo Montaigu. Les deux familles se haïssent sans que l’on sache pourquoi. Une guerre de chaque instant ou les amis et les domestiques sont impliqués. Il en est ainsi de ces haines ancestrales. Roméo est mélancolique, il aime sans retour la belle Rosaline. Ses amis Benvolio et Mercutio l’entraînent au bal des Capulet. Ils ont beau jeu, sous leur masque, de pénétrer en territoire ennemi et de courtiser un vivier de belles dames. Roméo tombe sous le charme d’un ange en robe blanche. Juliette tombe amoureuse de ce jeune homme à la chevelure d’ange.
Cela aurait pu être une comédie sentimentale, avec des scènes inoubliables comme la scène du balcon où Roméo, lyrique, parle avec une vibrante poésie de sa belle. Mais c’est une tragédie et tout se liguera contre les amoureux de Vérone.

Roméo et Juliette est, dit-on, la pièce de William Shakespeare qui fut la plus adaptée. Opéra, ballet, cinéma se sont emparé de l’histoire de ces jeunes amoureux qui ne sont pas sans rappeler les amours tragiques de Pyrame et Thisbé, évoquées par Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été. L’adaptation moderne de West Side Story, la comédie musicale de Léonard Bernstein filmée par Robert Wise, plonge les amoureux dans une guerre de gangs. Franco Zeffirelli fera une version luxueuse en costume renaissance avec deux jeunes comédiens ayant l’âge du rôle. Il est loin le temps ou Juliette était interprétée par Norma Shearer et Roméo par Leslie Howard, acteur Shakespearien et futur Ashley de Autant en emporte le vent, tous les deux avaient plus de trente ans en 1936 ! Le problème de l’âge n’est pas forcément résolu en prenant une jeune comédienne ayant entre 14 et 15 ans, l’âge de Mademoiselle Capulet. Il faut qu’elle sache jouer. Nicolas Briançon a trouvé en Ana Girardot, une jeune comédienne que nous avions déjà vue au cinéma, une Juliette délicate, ayant les élans et l’excès d’une toute jeune fille qui connaît pour la première fois les émois de l’amour. Lumineuse, elle emporte toutes les scènes où elle apparaît par sa présence et cette candeur de celle qui transgresse tous les interdits jusqu’à l’ivresse. Roméo est personnifié par Niels Schneider. Il emporte moins notre adhésion. Il nous évoque pour ses contradictions et sa beauté brute, Philippe Léotard à ses débuts pour ce mélange de charme et de gêne.

Le soir où nous avons vu le spectacle, il fut long à se mettre dans son personnage, ânonnant son texte puis, est-ce la bonne influence de Juliette, il trouva ses marques comme on se jette pour un saut à l’élastique. Une fois le couple mythique trouvé, l’autre problématique est de prendre partie pour l’époque. Mettre tout ce Vérone, inventé par William Shakespeare qui n’y mis jamais les pieds, à l’époque de la création de la pièce (1594-95), ou bien l’adapter à notre quotidien, changer de siècle. C’est pour cette dernière option que Nicolas Briançon a opté.

Le décor de Pierre-Yves Leprince est lumineux comme ces façades du sud de l’Italie saturée de soleil. Une grande place sera le théâtre des premières rixes. Les murs en coulissant nous ferons entrer dans la chambre de Juliette et plus tard dans le tombeau. C’est simple, rapide. Nous sommes dans la fin des années cinquante, les hommes portent des chemises blanche, et des costumes noir, ils tirent le couteau plus vite que leur ombre. Le vieux Capulet ressemble au Parrain. En somme les Montaigu et les Capulet sont victimes d’une Vendetta ancestrale, et en lieu et place du pourpoint, le veston cache un revolver. Et le stratagème de changement d’époque fonctionne à merveille.

Une belle distribution, parfois un peu inégale, mais Valentine Varela est une bien belle Lady Capulet, Valérie Mairesse est une nourrice qui joue sa partie entre drôlerie et émotion. Bernard Malaka est le frère Laurent, ce comédien donne immédiatement à son personnage une belle humanité et son désespoir face au dénouement tragique nous atteint au cœur. Quel plaisir de voir une salle remplie de jeunes gens qui ne connaissaient pas le drame de William Shakespeare, suivre attentivement cette cruelle histoire d’amour.

Roméo et Juliette de William Shakespeare. Adaptation Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon. Mise en scène Nicolas Briançon. Avec une troupe de vingt comédiens dont Ana Girardot, Niels Schneider, Valérie Mairesse, Bernard Malaka, Valentine Varél,.
Théâtre de la Porte Saint Martin Tél : 0142080032 www.portestmartin.fr

Crédit photo ARTCOMART

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