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Critiques / Théâtre

Revolt. She said. Revolt d’Alice Birch

par Gilles Costaz

Une jeune femme en colère

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On peut compter sur Arnaud Anckaert et son théâtre du Prisme qu’il anime avec Capucine Lange pour découvrir des textes vraiment neufs, alors que tant d’autres équipes choisissent la prudence et les chemins balisés. Après avoir révélé Orphelins de Denis Kelly et Constellations de Nick Payne, il crée la version française de Revolt d’une jeune Anglaise, Alice Birch, dont les premières pièces ont sauvagement secoué le cocotier à Londres. L’écrivaine est féministe, mais surtout rageuse, furieuse contre l’arrogance masculine, sans théorie, sans relation avec un mouvement poliitque ou marginal, radicale d’une manière qui semble solitaire. Anckaert définit Revolt comme une « pièce mosaïque ». Ce sont en effet de courtes scènes qui se suivent, ont une inspiration commune (cette rage) mais ne sont pas structurées de la même façon. Un dragueur sûr de lui est, verbalement, hâché menu par la jeune femme qu’il était certain d’emballer. Un amoureux a le malheur de promettre le mariage à sa copine qui déglingue ses visées machistes liées au principe de l’union conjugale. Le personnel chargé de la sécurité d’un supermarché s’en prend à une cliente qui n’a pas des manières bourgeoises. Une grand-mère, une fille et une petite-fille déjeunent ensemble pour bien se dire qu’elles ne s’aiment pas ! Le dernier tableau, enfin, est une explosion de brefs monologues furieux.
La matière est explosive, et à manipuler avec un nombre restreint d’acteurs auxquels Anckaert demande de se changer à vue, parfois de changer de sexe (un homme peut jouer le rôle d’une femme) et de passer du déchaînement sans frein à l’ironie la plus maîtrisée. Au début, les acteurs entrent par une porte au fond de la scène et ça, c’est déjà formidable. On n’est plus dans le théâtre qui aime à s’idéaliser, mais dans le quotidien de la vie, et l’on ira loin dans ce quotidien où les fripes sont moches, les domiciles blafards et les filles, faussement vulgaires, plus fascinantes que les mecs. Autant dire qu’on est bluffé par ces acteurs qui transforment leur nature à chaque tableau et savent être à la fois dans la crasse et dans la beauté des combats essentiels de la survie : Mounya Boudiaf, Maxime Guyon, Pauline Jambert et Antoine Lemaire (remarquable auteur lui-même qu’il est plaisant de voir en obsédé sexuel et en travesti ! ). Benjamin Collier assure, comme au bal, comme en boîte, une belle force de frappe musicale mais qui n’est pas continue, respecte le texte et le silence (à ce propos on aimerait savoir quelles sont les chansons interprétées par les acteurs, tantôt en anglais, tantôt en français). Avec eux Arnaud Anckaert a su allumer la flammèche de chaque bombe. C’est fracassant !

Revolt. She said, Revolt again d’Alice Birch, texte français de Sarah Vermande, mise en scène d’Arnaud Anckaert, scénographie d’Arnaud Anckaert en collaboration avec Olivier Floury, lumières d’Anne Vaglio, musique de Benjamin Collier, vidéo de Juliette Galamez, costumes d’Alexandra Charles, collaboration dramaturgique de Leyla-Claire Rabih, avec Mounya Boudiaf, Benjamin Collier (musique en direct), Maxime Guyon, Pauline Jambert, Antoine Lemaire.

La Manufacture, Patinoire,18 h 10, jusqu’au 24 juillet.

Photo Bruno Dewaele.

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