Accueil > Rencontre avec Fabio Alessandrini

Portraits / Théâtre

Rencontre avec Fabio Alessandrini

par Gilles Costaz

L’auteur de "Monsieur Kairos" ou le goût du danger

Partager l'article :

Monsieur Kaïros fut l’une des très belles suprises du « off » d’Avignon. Depuis, la pièce de Fabio Alessandrini, que l’auteur joue avec un Yann Collette magistral, a été reprise au Lucernaire. Elle met en présence un auteur qui reçoit la visite d’un inconnu ; cet inconnu est le personnage du livre qu’il est en train d’écrire. La situation est pirandellienne, Fabio Alessandrini reconnaît sa dette envers l’auteur sicilien. Mais il n’imite pas, il invente dans cette trace-là en opposant dans un jeu de miroir l’écrivain et cet intrus, qui est un médecin travaillant dans l’humanitaire. Ainsi n’est-on pas dans l’abstrait, mais dans l’actualité, repensée d’une manière très originale. Rencontre avec cet auteur-acteur-metteur en scène italien de langue française.
Webtheatre : Comment un acteur italien devient-il un acteur-auteur français basé à Dieppe et Compiègne ?
Fabio Alessandrini : J’ai commencé au Stabile de Gênes, en 1985, et j’ai fait partie de plusieurs compagnies italiennes. Ma vie personnelle a fait que j’ai eu une fille en France et je dis volontiers qe mes professeurs de français ont été Flaubert, Brassens, Brel, ma femme, ma fille et beaucoup d’autres ! Pour l’un de mes premiers textes, je travaillais sur la conquête du Mexique, le monde des Aztèques qui s’interrogeaient sur la narration. J’ai pu proposer ce spectacle au château de Pierrefonds, dans l’Oise. Ce que je voulais faire en Italie, je l’ai fait en France. Je ne connaissais pas le système français et j’ai découvert qu’il y avait ici un sens de la « res publica », à la différence de l’Italie. J’ai travaillé ensuite ave Erri de Luca : il fait partie de ces Italiens blessés à mort par ce qui se passe dans leur pays. Et, plus tard, avec Amin Malouf.
Après mon premier spectacle en français, dont j’ai fait une deuxième version, j’ai été accueilli à l’Espace Legendre de Compiègne. Et j’y ai fait d’autres choses, parfois avec Marc Feld. Touche, par exemple, a été un spectacle sur le dopage dans le football professionnel. Certaines personnes ont même cru que j’étais un ancien sportif qui révélait ce qu’il avait pratiqué ! Ce que j’aime, c’est le théâtre qui ne se cache pas, qui met en danger l’acteur et le spectateur. Je me considère comme un écrivain qui écrit et met en scène étape par étape et c’est ma loyauté envers le comédien qui me sauve ! C’est lui, l’acteur, qui, à la fin, sait ce qui est bien.
Comment est née l’idée de Monsieur Kaïros ?
Philippe Cogney, qui dirige la Scène nationale de Dieppe, a été intéressé par mon projet qui était d’être au croisement du mécanisme fondateur du personnage et de l’action des médecins humanitaires. Coigney a une façon d’écouter tout à fait rare. Il a assisté à l’écriture du texte !
Après, pour l’interprétation, j’ai cherché un partenaire. Je crois que j’ai arrêté avec l’égo depuis longtemps. A mon partenaire de choisir son rôle ! Carlo Brandt a accepté de créer la pièce à Dieppe et il a joué l’auteur. Moi, j’étais le médecin, le personnage. Après, Carlo a été pris par un film. Elodie Kugelmann m’a suggéré Yann Collette. Lui a voulu jouer l’inconnu, le médecin. Dans un cas comme dans l’autre, j’ai eu deux partenaires énormes ! Le rêve serait d’alterner les rôles d’un soir à l’autre, qu’on joue à tour de rôle le médecin et l’écrivain, mais on ne peut le faire. Avec Carlo Brandt, c’était un peu un combat entre deux guerriers. Avec Yann Collette, cela a été l’entrée de la vulnérabilité, une façon admirable de faire passer la fragilité humaine. De toute façon, quand j’écris, je laisse des blancs pour que l’acteur exprime plus encore ce qu’il a en lui. Le cadre du Lucernaire aussi a changé les choses. Les spectateurs ont l’impression d’être dans le bureau où a lieu la pièce : il faut soutenir comme au théâtre et jouer comme au cinéma.
Quels sont vos projets ?
Je pense à adapter Rapport à une académie de Kafka, ou un texte de Calvino sur les cellules souches et l’accélération des particules. Ou écrire sur la justice. Ou rejouer en italien : c’est un parcours différent de la pensée. Je crois que je ferai passer d’abord un projet sur les troubles de la mémoire. Je démarre toujours en pensant faire une comédie et je me retrouve dans un univers de cauchemar...

Monsieur Kaïros de Fabio Alessandrini, mise en scène de l’auteur, scénographie et image vidéo de Jean-Pierre Benzeki, lumière de Jérôme Bertin, son de Nicolas Coulon, avec Yann Collette et Fabio Alessandrini. (Voir la critique mise en ligne le 5 octobre).

Lucernaire, 21 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 3 décembre. (Durée : 1 h 10).

Photo Teatro di Fabio, Christophe L.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.