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Critiques / Théâtre

Rabelais de Jean-Louis Barrault

par Gilles Costaz

Un chahut inspiré

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Rabelais, c’est un torrent de mots, d’idées, d’images, parfois du plus mauvais goût, toujours du rire le plus insolent. Le théâtre a souvent adoré attraper cette langue en fusion et tenter d’en transcrire l’insolence galopante. En 1969, évincé de l’Odéon par Malraux, Jean-Louis Barrault fit une adaptation des différents livres de l’inventeur de Gargantua et Pantagruel, appelée tout simplement Rabelais, qui enthousiasma le Paris de l’après-68. Pour son Studio-Théâtre d’Asnières et en coproduction avec le théâtre Montansier de Versailles, Hervé Van Der Meulen reprend ce texte oublié, en l’allégeant un peu (on passe de quatre heures à moins de trois heures). Et nous sommes saisis d’admiration devant la qualité de l’adaptation, Barrault ayant puisé à grandes brassées dans l’œuvre et ayant structuré dans un même mouvement les diverses aventures d’une quête incessante du plaisir du corps et de l’esprit. Tout y est : les voyages
des héros rabelaisiens, les facéties de Panurge, les plaisanteries scatologiques, les disputes avec les autorités civiles, royales et religieuses, les guerres picrocholines et autres, les balades à Thélème et à la Dive Bouteille.
La mise en scène d’Hervé Van Der Meulen orchestre tout un tourbillon qui est à la fois du fabliau, de l’allégorie, du conte fantastique, du débat philosophique et de la farce pour place publique. Les personnages sont le plus souvent en noir, comme dans un sabbat où les diables à chasser seraient ceux qui défendent la morale et la pudeur. Aujourd’hui, on répugne à adhérer sans réserves à cette arrogance paillarde, qui semble ne se soucier guère de la liberté de la femme (quoique… La femme a quand même un peu la parole). Mais Rabelais est à prendre comme un moment de l’histoire de l’humanité : il est à lui tout seul une Renaissance. C’est ce que mettent en lumière et, dans une agitation aux chahuts inspirés, les vingt comédiens de cette aventure contraire aux sagesses habituelles. Tous sont des athlètes, souvent au service de changements de rôles fréquents et d’une variété de tableaux enchaînés dans un rythme sans repos. On saluera particulièrement Benoit Dallongeville (Gargantua), Mathias Maréchal (Pantagruel), Valentin Fruitier (Panurge), Agathe Vandame (Gargamelle). Mais la troupe est comme un animal à vingt têtes, déchaînée et unie. La puissance du jeu se libère dans un univers d’un bricolage toujours inégénieux. La musique de Marc-Olivier Dupin, les masques et la scénographie de Claire Belloc, les costumes d’Isabelle Pasquier ont, bien évidemment, leur part dans ce carrousel d’icônes nullement pieuses. Le charivari, lexical, mental, hormonal, théâtral, bat son plein !

Rabelais de Jean-Louis Barrault, d’après les textes de Rabelais, mise en scène Hervé Van der Meulen, musique originale Marc-Olivier Dupin,
chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq, scénographie et accessoires de Claire Belloc, costumes d’Isabelle Pasquier, lumières de Stéphane Deschamps, maquillage d’Audrey Million, assistants : Julia Cash, Ambre Dubrulle et Jérémy Torres, chefs de chant : Juliette Epin-Bourdet et Pablo Ramos Monroy, son et régie générale d’Arthur Petit,
avec Etienne Bianco, Clémentine Billy, Loïc Carcassès, Aksel Carrez, Ghislain Decléty, Inès Do Nascimento, Pierre-Michel Dudan, Délia Espinat-Dief, Valentin Fruitier, Constance Guiouillier, Théo Hurel, Thomas Keller, Nicolas Le Bricquir, Olivier Lugo, Juliette Malfray, Mathias Maréchal, Ulysse Mengue, Pier-Niccolo Sassetti, Jérémy Torres et Agathe Vandame.

Studio-Théâtre, Asnières, tél. : 01 47 90 95 33, jusqu’au 8 avril. (Durée : 2 h 50).

Photo Miliana Bidault.

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